Dans la nuit du 11 avril 2025, quatre brigades de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire ont sillonné la commune d’Akanda pour inspecter ses établissements de restauration. Bilan ? Des infractions sanitaires graves, des fermetures immédiates et une question qui dépasse largement les frontières d’une seule commune ; celle de la sécurité alimentaire des Gabonais, trop longtemps sacrifiée sur l’autel de l’informalité.
À Libreville, lorsque les services de contrôle officiels regagnent leurs bureaux, une partie significative de la restauration populaire et de la vente de denrées poursuit son activité dans un vide réglementaire de fait. Vendeurs de rue, gargotes de quartier, échoppes improvisées , ces établissements, souvent fréquentés par les couches les plus populaires de la population, opèrent en dehors de tout cadre sanitaire contrôlé, exposant leurs clients à des risques réels pour leur santé. C’est précisément pour combler ce vide que les autorités gabonaises ont décidé de porter leurs inspections là où elles font le plus défaut dans l’obscurité.

Dans la nuit du vendredi 11 avril 2025, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) a conduit, en partenariat avec la mairie d’Akanda et les forces de l’ordre, une vaste opération d’inspection ciblée des établissements alimentaires de la commune. Organisés en quatre brigades mobiles déployées simultanément sur l’ensemble de la commune, les inspecteurs et contrôleurs de l’agence ont passé méthodiquement au crible les opérateurs du secteur, des restaurants aux points de vente de proximité. Cette configuration opérationnelle multi-brigades nocturne, appuyée par les autorités municipales et sécuritaires, témoigne d’une montée en puissance des dispositifs de contrôle sanitaire dans le pays.
Les résultats de l’opération dressent un tableau préoccupant de l’état sanitaire d’une partie du secteur alimentaire akandais. « Nous avons relevé plusieurs catégories de non-conformités majeures, absence d’agrément sanitaire en bonne et due forme, manquements flagrants aux règles élémentaires d’hygiène des locaux et ruptures répétées de la chaîne du froid. Cette dernière infraction est l’une des principales causes d’intoxications alimentaires graves, notamment par prolifération de bactéries pathogènes comme la salmonelle ou le staphylocoque doré, dont les effets peuvent s’avérer sévères, voire mortels, chez les populations vulnérables », s’est confié un des responsables de l’opération.
Des fermetures administratives immédiates
Face à la gravité et à la multiplicité des infractions constatées, les équipes de l’AGASA n’ont pas opté pour la mise en demeure différée. Plusieurs établissements ont fait l’objet de fermetures administratives immédiates, suspendues à la démonstration d’une mise en conformité effective. Cette décision, ferme et sans concession, marque une inflexion notable dans la posture des autorités sanitaires gabonaises, traditionnellement critiquées pour leur manque de suivi sur le terrain. Elle envoie un signal clair aux opérateurs du secteur : l’informalité sanitaire n’est plus une option tolérable, quelle que soit l’heure à laquelle elle s’exerce.

L’opération d’Akanda ne doit pas rester un fait divers administratif isolé. Elle doit s’inscrire dans une stratégie nationale durable de sécurité alimentaire, portée par des ressources humaines formées, des moyens logistiques suffisants et une volonté politique constante, y compris lorsque les caméras ne sont plus là. Les opérations nocturnes comme celle d’Akanda en sont les prémices encourageantes. Reste à en faire une norme, et non une exception.