Accès à l’électricité au Gabon : des conférences bien éclairées, des foyers laissés dans l’obscurité

À Libreville, pendant que les hôtels climatisés accueillent experts, ministres et partenaires internationaux pour disserter sur l’avenir énergétique du pays, des milliers de foyers gabonais continuent, eux, de jongler avec les bougies et les groupes électrogènes. Ironie du calendrier, c’est précisément au moment où les délestages rythment le quotidien que se tient la grand-messe de l’électricité, sous l’étendard ambitieux de la « Mission 300 ».

Officiellement, le Gabon affiche une mobilisation sans faille. Aux côtés de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, les autorités multiplient les panels, les engagements et les projections vers un accès universel à l’électricité d’ici 2030. Sur le papier, tout semble aligné : financements conséquents, stratégie nationale, discours volontaristes. Dans la réalité, la lumière peine encore à atteindre de nombreux quartiers.

Car pendant que les présentations PowerPoint détaillent les progrès accomplis et les perspectives prometteuses, les coupures intempestives rappellent une vérité moins reluisante. L’électricité existe, dit-on, mais elle circule mal. Une manière élégante de reconnaître que le problème n’est plus seulement celui de la production, mais celui, plus structurel, des infrastructures et de la gestion du réseau.

Le décalage est saisissant. D’un côté, des chiffres flatteurs évoquant un taux d’accès supérieur à 90 % ; de l’autre, une expérience quotidienne faite d’interruptions répétées, d’appareils endommagés et d’activités économiques perturbées. Entre les statistiques et le vécu des populations, il y a manifestement plus qu’un simple écart : une fracture. L’initiative « Mission 300 », censée accélérer l’électrification du continent, offre au Gabon une vitrine internationale et une opportunité de mobilisation des investissements. Mais à force de promettre l’universalité à horizon 2030, le risque est de banaliser les difficultés du présent. Or, pour les ménages comme pour les petites entreprises, l’urgence n’est pas dans les objectifs à long terme, mais dans la stabilité immédiate de l’approvisionnement.

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Au fond, cette séquence illustre une constante bien connue : au Gabon, l’énergie circule parfois mieux dans les discours que dans les câbles. Et si les partenaires internationaux semblent convaincus par les engagements pris, il reste au gouvernement à convaincre les Gabonais eux-mêmes, ceux qui, chaque soir, attendent simplement que la lumière reste allumée.

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