Ciel gabonais : Vers un contrôle strict des aéronefs télépilotés

La fin de la zone grise juridique. Jusqu’à présent, l’usage des drones au Gabon bénéficiait d’une forme de tolérance administrative, permettant à de nombreux amateurs et professionnels de l’image d’opérer sans cadre rigide. Cependant, l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC) vient de siffler la fin de la récréation. Par une sommation formelle, les autorités exigent désormais que chaque propriétaire, qu’il soit un particulier ou une entreprise, procède à l’identification et à l’immatriculation de ses appareils. Cette mesure est importante dans la transition numérique du pays, visant à sortir cette technologie de l’informel pour l’intégrer dans un registre national officiel et centralisé.

L’une des motivations premières de cette décision réside dans la protection de l’espace aérien national, de plus en plus encombré. Avec la montée en puissance de la nouvelle compagnie nationale Fly Gabon et l’augmentation du trafic domestique, le risque de collision entre un drone et un aéronef civil est devenu une préoccupation majeure pour les régulateurs. Un drone de quelques kilogrammes aspiré par un réacteur d’avion peut provoquer une catastrophe. En identifiant les appareils, l’ANAC peut définir des zones d’exclusion strictes (No-Fly Zones).

Au-delà de l’aspect technique, cette régulation répond à des enjeux sécuritaires critiques dans un contexte de transition politique. La prolifération de drones non identifiés au-dessus de sites stratégiques tels que les installations pétrolières, les casernes militaires ou les édifices publics représente un risque potentiel d’espionnage ou d’actes malveillants. L’obligation d’identification permet aux forces de défense et de sécurité de distinguer immédiatement un appareil autorisé d’une menace potentielle. Dans un monde où les drones sont de plus en plus utilisés à des fins de surveillance illégale, le Gabon réaffirme sa souveraineté sur chaque mètre cube de son espace aérien.

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Cette décision est également perçue comme un levier de professionnalisation pour les opérateurs gabonais. En imposant un enregistrement, l’État valorise les métiers liés au drone (photogrammétrie, agriculture de précision, inspection industrielle). Les opérateurs en règle pourront bénéficier de permis de vol facilités et d’une reconnaissance officielle pour leurs activités commerciales. À l’inverse, la sommation prévoit des sanctions pénales et administratives lourdes pour les contrevenants, incluant la saisie définitive de l’appareil et de fortes amendes, soulignant que le pilotage d’un drone est désormais une responsabilité juridique et non plus un simple loisir.

Enfin, cette mesure permet au Gabon de s’aligner sur les exigences de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Dans la perspective des audits de sécurité aérienne prévus pour 2026, il était impératif pour le pays de prouver sa capacité à surveiller toutes les formes d’activités aériennes sur son territoire. En adoptant ces standards mondiaux, le Gabon renforce sa crédibilité internationale et rassure les partenaires étrangers.

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