Addictions : comprendre pour mieux prévenir

À l’initiative d’une collaboration entre l’Institut français et le Centre de santé mentale de Melen, une journée de sensibilisation sur les addictions a rassemblé professionnels, familles et citoyens autour d’un thème brûlant « Les addictions et leurs conséquences ». Dans un pays où le phénomène gagne du terrain, cette rencontre a levé le voile sur une réalité trop souvent tue, mais profondément enracinée dans le quotidien des familles gabonaises.

Loin des clichés, les intervenants ont rappelé que l’addiction ne se limite pas aux drogues dures. Tabac, alcool, cannabis mais aussi jeux de hasard, écrans, sexualité compulsive, achats excessifs dessinent une cartographie inquiétante des dépendances modernes. Chez les enfants, l’addiction aux écrans apparaît de plus en plus tôt, avec des effets alarmants sur la cognition, la concentration et la capacité de décision. Une génération surexposée, fragilisée, parfois avant même d’avoir les mots pour exprimer ses émotions.

Car l’addiction ne naît pas du hasard. Elle commence souvent par la curiosité, l’envie de tester, de « faire comme les autres », de s’intégrer à un groupe. Mais très vite, elle devient une réponse à une détresse émotionnelle plus profonde : insécurité affective, stress chronique, conflits familiaux, chômage, précarité. L’addiction apaise un instant… avant d’enfermer durablement. Besoin irrépressible, perte de contrôle, culpabilité, honte, peu à peu, toute la vie s’organise autour de la substance ou du comportement, jusqu’à la rupture sociale, familiale et psychique.

Les conséquences sont lourdes et multiformes. Sur la santé mentale d’abord anxiété, dépression, isolement puis sur le corps, avec des maladies chroniques et des troubles neurologiques. Elles s’étendent à la société tout entière : violences en milieu scolaire, insécurité urbaine, décrochage scolaire, chômage, grand banditisme. Comme l’a rappelé un responsable institutionnel Madame le Ministre de la santé, « la sensibilisation n’est pas un simple exercice de communication, mais un devoir partagé qui commence dans les familles et se prolonge dans les écoles, les quartiers et les organisations citoyennes ».

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Lors de cette rencontre, le capitaine Moukagni, représentant de l’Office central de lutte antidrogue (OCAD), a livré un constat sans détour que le cannabis demeure la substance la plus consommée au Gabon, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes. Il a rappelé qu’une drogue est toute substance psychoactive modifiant le fonctionnement du cerveau et susceptible de créer une dépendance. Il a également insisté sur la possibilité de signalements anonymes, avec ou sans preuve matérielle, dans une logique de protection collective et de santé publique, et non de stigmatisation.

Mais le message le plus fort est peut-être venu du champ de la prévention. Pour la directrice du Centre de santé mentale de Melen Mme Reine DOPE KOUMOU épouse OGANDAGA, la lutte contre les addictions doit commencer bien avant l’adolescence, dès la grossesse et la petite enfance. Consultations prénatales, suivi pédiatrique, écoute des émotions, environnement sécurisant car un enfant soutenu psychiquement est un futur adulte plus résistant aux conduites à risque.

Et face à la montée silencieuse des addictions comportementales écrans, jeux d’argent, hyperconnexion une question demeure, lancinante : ne sommes-nous pas en train d’ignorer la bombe à retardement de demain ?Comprendre les addictions, c’est déjà refuser de fermer les yeux. Prévenir, c’est protéger l’avenir.

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