Panthères du Gabon : une crise de gouvernance au-delà du sélectionneur

La rupture entre Thierry Mouyouma et les Panthères du Gabon dépasse largement le cadre d’un simple changement d’entraîneur. Elle met à nu une gouvernance sportive fragilisée, marquée par un enchevêtrement des responsabilités entre l’État et la Fédération gabonaise de football (Fégafoot). En prenant acte de la décision gouvernementale de rompre le contrat du sélectionneur et de son staff, la Fédération s’est retrouvée à entériner une situation qu’elle ne contrôlait pas pleinement, confirmant la vulnérabilité institutionnelle de la sélection nationale.

La clarification apportée par Pierre-Alain Mounguengui est juridiquement fondée, mais politiquement lourde de sens. En rappelant que l’État était l’employeur principal du staff technique, le président de la Fégafoot souligne une dépendance structurelle problématique. Tant que la sélection nationale restera administrativement sous perfusion étatique, toute décision sportive majeure demeurera exposée aux réactions politiques et aux émotions liées aux résultats, au détriment de la continuité et de la stabilité.

L’annonce d’un appel à candidatures pour recruter un nouveau sélectionneur apparaît dès lors comme une nécessité, mais aussi comme un test de crédibilité pour la Fédération. La mise en place d’une commission d’examen et la transmission de trois profils au ministère des Sports traduisent une volonté affichée de respecter les textes de la FIFA et de la CAF. Reste toutefois à savoir si ce processus sera guidé par une véritable vision sportive ou s’il reproduira les logiques extra-sportives qui ont trop souvent plombé le football gabonais.

Cette transition intervient dans un contexte de calendrier particulièrement contraignant. Le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027 approche, alors que le Gabon a suspendu son équipe nationale. Une situation paradoxale et dangereuse, une sélection administrativement absente ne peut exister sur la scène continentale. La responsabilité incombe désormais au gouvernement, appelé à lever rapidement cette suspension pour éviter une marginalisation sportive aux conséquences durables.

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Mais réduire la crise actuelle à la seule question du sélectionneur serait une erreur d’analyse. Comme le souligne Dieudonné Minlama Mintogo, le mal est plus profond et touche aux fondations mêmes du football gabonais. Absence de compétitions régulières, faiblesse de la formation, infrastructures défaillantes et gouvernance approximative constituent un ensemble de carences structurelles qui ne peuvent être corrigées par un simple changement d’homme sur le banc.

Dans ce contexte, la stigmatisation récurrente des joueurs expatriés apparaît comme une fuite en avant. Jugés à l’aune de performances individuelles, ils évoluent pourtant dans un cadre collectif instable, sans projet clair ni continuité technique. Sanctionner les acteurs sans réformer le système revient à traiter les symptômes plutôt que la maladie, une logique qui entretient le cycle des désillusions.

L’après-Mouyouma doit donc être envisagé comme un moment de vérité. La Fégafoot et l’État sont placés face à un choix décisif, engager une refondation sérieuse du football gabonais, fondée sur la clarté des rôles, la planification et la responsabilité, ou perpétuer un modèle improvisé et inefficace. Le temps presse, la marge d’erreur se réduit, et le football gabonais ne peut plus se permettre de confondre gestion de crise et politique sportive. Le verdict, cette fois, dépassera le terrain.

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