Le Tribunal correctionnel spécialisé de Libreville a tenu, le vendredi 19 décembre 2025, une audience consacrée à l’examen de l’affaire opposant l’État gabonais à Léon Armel Bounda Balonzi, ancien ministre des Travaux publics. Cette audience, très attendue, s’inscrit dans la continuité des procédures judiciaires engagées depuis le début de la Transition et fait suite aux procès retentissants de Sylvia Bongo Ondimba, de son fils Noureddin Bongo Valentin, ainsi que des membres de la « Young Team », jugés en novembre dernier.
Arrêté au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, Léon Armel Bounda Balonzi comparaît près de deux ans plus tard devant la justice, aux côtés de son coaccusé Abdel Moussavou, directeur général de la société ZEN B.T.P. Les débats ont principalement porté sur la gestion des finances publiques et le respect des procédures de passation des marchés durant son passage à la tête du ministère des Travaux publics. Les deux prévenus sont poursuivis pour des faits qualifiés de graves, notamment le blanchiment de capitaux, la violation des règles d’attribution des marchés publics et l’association de malfaiteurs.
L’un des points centraux de l’audience concerne la réhabilitation du marché de Potos, à Franceville. Le tribunal a relevé une importante disparité financière dans l’attribution de ce marché, confié à ZEN B.T.P. pour un montant de trois milliards de francs CFA, alors qu’une autre entreprise du secteur, SOCOBA, avait proposé une offre estimée à 900 millions de francs CFA. L’argument avancé par l’ancien ministre, fondé sur l’expérience de ZEN B.T.P., a été contesté par la juridiction, qui a souligné que cette société ne figurait pas dans les fichiers officiels de l’État au moment de l’attribution du marché.
L’audience a également abordé la question d’éventuelles influences exercées en amont des décisions administratives. Selon des éléments versés au dossier, l’ancien ministre aurait évoqué le rôle de Ian Ngoulou, alors conseiller à la Présidence, dans certaines orientations prises. Le ministère public a, pour sa part, insisté sur le fait que les investigations montrent que Léon Armel Bounda Balonzi aurait directement imposé le choix de l’entreprise ZEN B.T.P. à ses services techniques, en contradiction avec les dispositions du Code des marchés publics.
Le volet financier et patrimonial a particulièrement retenu l’attention du tribunal. Les magistrats ont examiné le train de vie de l’ancien ministre ainsi que les conditions de paiement des travaux, notamment l’absence de caution bancaire pourtant exigée par la réglementation. À l’issue des débats, le ministère public a requis une peine de quatre ans d’emprisonnement ferme, une amende de 110 millions de francs CFA et la confiscation des biens de l’ex-ministre, tandis que l’Agence judiciaire de l’État a réclamé le remboursement de plus de deux milliards et demi de francs CFA. L’affaire a été mise en délibéré, le verdict étant attendu pour le 9 janvier 2026.