La transformation soudaine de « l’Interro », lieu emblématique du campus de l’UOB, provoque une vive incompréhension au sein de la communauté étudiante. Sans communiqué officiel, sans note administrative, ni même une simple pancarte indiquant la nature des travaux, le site a été clôturé du jour au lendemain. Face à ce silence institutionnel, les étudiants se retrouvent confrontés à des décisions prises sans explication ni concertation, soulevant une question centrale : pourquoi une telle transformation, et dans quel but ?
Les interrogations se multiplient d’autant plus qu’un restaurant universitaire existe déjà sur le campus et ne fonctionne pas à pleine capacité. Pourquoi alors envisager la construction d’une sandwicherie supplémentaire au détriment d’un espace de travail et de réflexion apprécié des étudiants ? « Pourquoi ne pas améliorer l’existant ? Pourquoi détruire au lieu de réhabiliter ? », s’interrogent-ils, dénonçant une logique qu’ils jugent incohérente et déconnectée des besoins réels.
L’absence de signalétique sur le site alimente encore davantage la confusion. Si une clôture est bien visible, aucune indication ne précise la nature des travaux ni leur durée. Plusieurs étudiants affirment avoir appris par de simples rumeurs que « l’Interro » serait transformé en sandwicherie. « On ne sait rien, on suppose, et c’est ça le problème », confie l’un d’eux, soulignant le profond déficit d’information.
Au cœur des critiques se trouve le Centre National des Œuvres Universitaires (CNOU). Institution publique, le CNOU a pour mission principale d’améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants, notamment à travers la gestion des restaurants universitaires, des infrastructures sociales et des espaces de vie sur les campus. À ce titre, il lui revient non seulement de réaliser des projets, mais surtout d’en expliquer les objectifs, les impacts et la pertinence. Or, dans cette affaire, le silence observé est perçu comme une défaillance grave de sa mission de service public.
Pour de nombreux étudiants, cette situation soulève une inquiétude plus profonde : le CNOU serait-il désormais guidé par des logiques de rentabilité, au détriment de sa vocation sociale et éducative ? La transformation d’un site historique en espace commercial, sans consultation préalable, donne le sentiment que les impératifs économiques prennent le pas sur la préservation du patrimoine universitaire et sur le bien-être intellectuel des étudiants.
La mutuelle étudiante, censée être la voix et le bouclier des étudiants, est elle aussi vivement interpellée. Sa mission est pourtant claire : défendre les intérêts matériels, moraux et sociaux des étudiants, préserver leur patrimoine commun et servir d’interface entre la base étudiante et les autorités universitaires. « C’est le CNOU le problème ou la mutuelle ? », questionne un étudiant, illustrant la confusion autour des responsabilités de chacun.
Un délégué à la mutuelle des étudiants de l’UOB affirme d’ailleurs qu’« il n’existe aucune communication entre le bureau du président et l’assemblée générale des délégués ». Cette rupture du dialogue interne fragilise la mutuelle dans son rôle de représentation et alimente le sentiment d’abandon ressenti par les étudiants. Sans coordination ni transparence, la mutuelle peine à jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir et de défense des intérêts collectifs.
Le malaise est accentué par l’état d’abandon du bâtiment même de la mutuelle étudiante. Alors que la rénovation est invoquée comme une priorité ailleurs sur le campus, ce lieu symbolique demeure en ruines, livré à l’indifférence. Cette contradiction interpelle : comment défendre efficacement le patrimoine étudiant lorsque sa propre maison est laissée à l’abandon ?
« Kié, à l’UOB on souffre hein ! Comme si on n’avait pas déjà assez de problèmes, on vient encore nous casser le seul endroit où on travaillait pour une sandwicherie ! Franchement, les mots me manquent… », lâche un étudiant, résumant un ras-le-bol généralisé. À travers ces voix, c’est un appel pressant à la transparence, à la concertation et au respect des missions fondamentales du CNOU et de la mutuelle étudiante qui se fait entendre.