Palmarès 2025 : Libreville parmi les moins bien classées d’Afrique pour l’accès aux soins

Tomber malade à Dar es-Salam est visiblement plus sûr qu’à Tanger. C’est ce que révèle le Palmarès 2025 des 30 villes africaines les plus attractives, récemment publié par Jeune Afrique. L’étude s’appuie sur un sondage auprès des habitants des grandes métropoles du continent, évaluant la qualité et l’accessibilité des services de santé.

Les villes marocaines peinent à convaincre. Tanger ferme quasiment la marche, se classant 29e sur 30, tandis que Marrakech et Casablanca pointent respectivement à la 26e et 25e position. Rabat, la capitale, fait un peu mieux avec la 16e place. Ces résultats contrastent fortement avec ceux de Tunis, qui décroche la troisième marche du podium et se distingue sur l’ensemble des critères évalués qualité de vie, infrastructures et logement, entreprises et emploi, ainsi que services essentiels.

Ces contre-performances au Maroc interviennent dans un contexte social tendu. L’automne dernier, des manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes, notamment à Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger, à la suite de la mort de huit femmes sur le point d’accoucher à l’hôpital Hassan II d’Agadir. Ces événements ont mis en lumière l’urgence de renforcer l’accès aux soins, en particulier pour les populations vulnérables.

Sur le plan statistique, le constat est similaire. Selon un rapport de l’OMS publié en 2022, l’Afrique compte en moyenne 1,55 professionnel de santé (médecins, infirmiers et sages-femmes) pour 1 000 habitants, contre le seuil recommandé de 4,45 pour atteindre la couverture sanitaire universelle. Au Maroc, ce ratio reste légèrement supérieur à la moyenne continentale, mais demeure largement en deçà des standards : 1,89 à Tanger, 1,9 à Marrakech, 2,06 à Casablanca et 2,57 à Rabat.

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En revanche, certaines métropoles d’Afrique de l’Est affichent des performances remarquables. Kigali arrive en tête du classement, suivie de Dar es-Salam, avec Mombasa (7e) et Nairobi (14e) également bien positionnées. Mais la région reste contrastée : Addis Abeba (20e), Kampala (23e) et Maputo (27e) sont jugées plus sévèrement par leurs habitants.

Les villes sud-africaines tirent également leur épingle du jeu, avec Pretoria (4e), Le Cap (10e) et Johannesburg (13e) dans la première moitié du classement, à l’exception de Durban (22e). En Afrique de l’Ouest, si Lagos (18e) et Abuja (19e) restent dans la seconde moitié du palmarès, Cotonou (5e) et Accra (6e) se distinguent par la qualité et l’accessibilité de leurs services de santé.

Au-delà des chiffres, cette hiérarchie illustre les disparités persistantes entre villes africaines et souligne la nécessité pour les autorités marocaines et d’autres pays du continent de repenser l’organisation et le financement des soins médicaux afin de garantir un accès équitable pour tous. Pendant ce temps, certains pays d’Afrique centrale, comme le Gabon, s’efforcent de réinventer leur système de santé pour répondre aux défis d’accessibilité. Libreville et d’autres zones urbaines disposent d’infrastructures sanitaires publiques et privées, avec une couverture qui reste cependant inégale entre zones urbaines et rurales, près de 10 % de la population ayant encore des difficultés à accéder aux services essentiels selon des données récentes.

Le Gabon, quant à lui, présente une situation contrastée. Libreville se classe 24ᵉ sur 30, juste devant Tanger, illustrant les défis persistants en matière de soins de santé urbaine et d’accessibilité. Le système gabonais se caractérise par une dynamique oscillant entre réformes ambitieuses et défis structurels persistants. À Libreville, les autorités sanitaires ont mis en œuvre des stratégies nationales visant à moderniser l’offre de soins, notamment à travers l’opérationnalisation des départements sanitaires. Soutenue par l’OMS, cette réforme cherche à réduire les inégalités territoriales et à renforcer les soins de santé primaires en impliquant les communautés locales et en implantant des agents de santé de proximité. L’objectif est de placer la prévention et l’accès de proximité au cœur des politiques de santé publique.

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Pourtant, sur le terrain, l’accès aux services reste inégal, particulièrement en zones rurales où les infrastructures sont rares et souvent sous-équipées. Le manque de personnel qualifié, les longues files d’attente et les ruptures de médicaments limitent l’efficacité du système, poussant certains usagers vers le secteur privé coûteux. Même avec une couverture d’assurance maladie, les dépenses directes continuent de peser sur les ménages, affectant les populations vulnérables. Les projets internationaux, comme la réhabilitation de centres hospitaliers et la formation d’agents de santé, apportent des améliorations, mais le système reste hospitalo‑centré et l’universalité des soins est encore loin d’être atteinte. Malgré des politiques ambitieuses, le Gabon doit poursuivre ses efforts pour garantir un accès équitable et de qualité aux soins essentiels, en particulier à Libreville, ville qui reste en queue de peloton du classement africain.

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