Gbagbo ressaisit la CPI. Une nouvelle bataille judiciaire pour réexaminer la guerre ivoirienne

Quatorze ans après sa chute et plus de sept ans après son acquittement par la CPI, Laurent Gbagbo relance la bataille judiciaire. Dans une lettre datée du 8 décembre 2025, l’ex-président ivoirien annonce avoir demandé à ses avocats de ressaisir la Cour pénale internationale pour réexaminer les responsabilités de la rébellion de 2002 et de la crise postélectorale de 2010-2011. Une initiative présentée comme une quête de justice pour les victimes, mais aussi comme une contestation de l’histoire officielle de la crise ivoirienne.

Le 8 décembre 2025, une lettre rendue publique par Laurent Gbagbo a ravivé les débats autour des crises qui ont déchiré la Côte d’Ivoire au cours des années 2000 et de la décennie suivante. Dans ce document, l’ancien chef de l’État ivoirien annonce avoir demandé à l’un de ses avocats, Maître Emmanuel Altit, de ressaisir la Cour pénale internationale (CPI) afin de « remettre sur la table le problème de la guerre de Côte d’Ivoire ». À plus de 80 ans, quatorze ans après sa chute brutale du pouvoir, Gbagbo entend s’imposer à nouveau sur la scène politique et mémorielle, en invoquant la justice internationale comme levier. Selon lui, « tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice ».

Dans sa lettre, Laurent Gbagbo déroule sa propre lecture des événements qui ont marqué la Côte d’Ivoire entre la rébellion de 2002, l’occupation du nord et du centre du pays par les Forces nouvelles, puis la crise postélectorale de 2010-2011, qui a causé au moins 3 000 morts selon l’ONU. Il réclame une mise en lumière complète des rôles joués par les « commanditaires de la rébellion », mais aussi par « l’ONU et l’Occident », qu’il accuse d’avoir exercé un empressement néfaste dans l’organisation des élections. Pour lui, seules des enquêtes exhaustives permettront d’éclairer les responsabilités de chacun et de refermer durablement les plaies d’un pays encore marqué par les divisions.

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Maître Emmanuel Altit, chargé de cette nouvelle saisine, justifie la démarche par un impératif de vérité et de justice. Selon lui, il est désormais temps que « ceux qui ont une responsabilité déterminante, c’est-à-dire les instigateurs et les financiers, les criminels aussi bien entendu, soient identifiés pour pouvoir être poursuivis ». L’avocat affirme que cette initiative vise avant tout à « faire avancer les Ivoiriens » en permettant enfin un débat honnête sur les causes profondes du conflit. Il rappelle également la situation dramatique vécue par certaines communautés, notamment celle des Wê, dont 817 membres furent massacrés en trois jours à Duékoué lors de la prise de la ville par les forces pro-Ouattara soit près du tiers de toutes les victimes de la crise postélectorale.

Bien que Laurent Gbagbo ne cite pas directement son successeur Alassane Ouattara dans son courrier, sa démarche apparaît comme une tentative de remettre en cause la version dominante de l’histoire récente, souvent qualifiée d’« écrite par les vainqueurs ». Maître Altit, interrogé sur cette omission, laisse entendre que le dépôt du dossier à la CPI sera accompagné de « communications » et de « conférences de presse », permettant d’exposer clairement « qui a fait quoi ». Cette prudence, selon les observateurs, vise à éviter toute lecture revancharde tout en laissant ouverte la question des responsabilités parmi les acteurs de premier plan de la crise.

Cette offensive judiciaire intervient dans un contexte politique particulier : écarté de la dernière présidentielle, Gbagbo cherche à réaffirmer son influence alors que son parti, le PPA-CI, traverse une crise interne. Acquitté par la CPI après plus de sept ans de détention, il reste toutefois marqué par une condamnation prononcée en Côte d’Ivoire pour des faits liés au détournement de fonds de la BCEAO pendant la crise postélectorale une peine de vingt ans pour laquelle il a été gracié, mais non amnistié. En ressaisissant la CPI, l’ancien président tente, une nouvelle fois, de replacer la question de la responsabilité historique au cœur du débat national et d’offrir, selon ses mots, aux survivants de toutes les violences « l’espoir de passer outre ces moments terribles et douloureux et d’avancer ensemble ».

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