Éducation nationale : l’État méprise-t-il les enseignants ? 

La situation des enseignants de l’Éducation nationale au Gabon devient, semaine après semaine, un véritable signal d’alarme. Entre retards administratifs, absence de perspectives claires et décisions ministérielles qui interrogent, un malaise profond s’installe au sein de la profession. Depuis quelques mois, les acteurs du système éducatif dénoncent une marginalisation progressive, presque banalisée, des enseignants gabonais.

La récente note émanant de la Direction centrale des ressources humaines (DCRH) du Ministère de l’Éducation nationale, chargée de la Formation civique, soulève des inquiétudes. En effet, ce document, adressé aux agents publics devant partir à la retraite en 2026, a surpris par son contenu, au point d’interpeller fortement les enseignants. Il laisse transparaître un système administratif fragilisé et incapable d’assurer des transitions professionnelles dignes et sereines.

Mais c’est surtout la sortie du ministre lors d’une rencontre avec l’administration qui a ravivé le sentiment d’abandon. Selon le témoignage de l’enseignant Daniel Akoma, le membre du gouvernement aurait déclaré : « Régulariser les situations administratives, c’est asphyxier l’État ». Une phrase lourde de conséquences, perçue comme un aveu d’impuissance mais aussi comme un désaveu envers ceux qui font vivre l’école au quotidien.

Plutôt que d’apporter des réponses structurelles aux problèmes de carrière, intégrations, titularisations, rappels, avancements, le ministre aurait proposé des solutions alternatives comme le paiement des vacations, une mesure qui, souligne Akoma, « ne concerne pas tout le monde et n’est pas une priorité ».

Cette déclaration, qui fait déjà grand bruit dans les salles de classe, illustre un fossé grandissant entre l’administration centrale et les enseignants sur le terrain. Car pendant que les autorités temporisent, les réalités demeurent : des enseignants non régularisés depuis des années, d’autres qui travaillent sans actes administratifs, et plusieurs qui approchent la retraite sans avoir bénéficié du moindre progrès de carrière.

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Pour de nombreux observateurs, cette situation n’est plus seulement inquiétante, elle met en péril la qualité même du service public de l’éducation. Comment espérer un système performant quand ceux qui portent la mission éducative se sentent délaissés, invisibilisés, voire méprisés ?

Les enseignants appellent aujourd’hui à une prise de conscience urgente. Car derrière ces actes manqués et ces déclarations maladroites, c’est l’avenir de milliers d’élèves, et plus largement celui du pays, qui se joue. Le malaise des enseignants ne doit plus être minimisé, il doit être entendu, compris et traité avec le sérieux qu’exige tout service public fondamental.

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