Longtemps perçue comme une pratique sans danger, le sexe oral s’invite aujourd’hui dans le champ des préoccupations médicales. Des études récentes, notamment celles du Roswell Park Comprehensive Cancer Center appuyées par le National Cancer Institute, révèlent un lien croissant entre cette pratique et le développement de cancers de la bouche et de la gorge. En cause : le virus du papillome humain (VPH), déjà connu pour être responsable de la majorité des cancers du col de l’utérus, mais désormais identifié comme un acteur majeur des cancers oropharyngés.
Le VPH, qui se transmet par simple contact sexuel, touche près de 8 adultes sur 10 au cours de leur vie selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Si la plupart des infections disparaissent naturellement, certaines persistent et provoquent des lésions pouvant évoluer vers des formes graves de cancer. Les relations orales, souvent négligées dans les campagnes de prévention, favorisent la contamination directe de la cavité buccale et du pharynx. Le type VPH-16, particulièrement virulent, est aujourd’hui dans le viseur des chercheurs pour sa responsabilité dans la hausse spectaculaire des cancers de la gorge.
Les chiffres sont alarmants : aux États-Unis, le nombre de cancers oropharyngés liés au VPH a été multiplié par trois en deux décennies. Les hommes sont les plus vulnérables, six à sept fois plus à risque que les femmes, notamment ceux ayant multiplié les partenaires ou pratiqué fréquemment le sexe oral. Le danger réside dans la lenteur du processus : plusieurs décennies peuvent s’écouler entre l’infection et l’apparition du cancer. Résultat, la majorité des cas sont diagnostiqués après 50 ans, souvent à un stade avancé.
Les premiers signes passent fréquemment inaperçus : plaies persistantes, taches suspectes dans la bouche, douleurs à la gorge, enrouement ou difficultés à avaler. Si ces symptômes durent plus de deux semaines, une consultation médicale s’impose. Le tabac et l’alcool, déjà connus pour fragiliser la muqueuse buccale, aggravent considérablement le risque chez les personnes infectées. « Le tabagisme, en affaiblissant l’immunité, crée un terrain favorable à la prolifération du VPH dans la cavité buccale », rappelle le Dr Martin C. Mahoney, chercheur au Roswell Park Center.
La solution reste la prévention : vaccination dès l’adolescence, dépistages réguliers chez le dentiste ou l’ORL, et surtout prudence dans les pratiques sexuelles. Le préservatif ou la digue buccale réduisent significativement le risque de transmission. Pourtant, au Gabon, ces sujets demeurent tabous. Les discussions sur la sexualité, souvent perçues comme indécentes, freinent la diffusion d’informations vitales.
Briser le silence est désormais un impératif de santé publique. Parler du lien entre sexe oral, VPH et cancer de la gorge, ce n’est pas heurter la morale, c’est sauver des vies. Dans un pays où les infections sexuellement transmissibles progressent et où la vaccination reste marginale, le courage d’informer pourrait bien être la meilleure arme contre un mal qui s’invite là où on l’attend le moins.