Depuis plusieurs semaines, les établissements scolaires du Gabon sont le théâtre d’une inquiétante montée de la violence. Bagarres filmées, agressions entre élèves, affrontements entre établissements… les vidéos circulent à une vitesse folle sur les réseaux sociaux, témoignant d’une réalité alarmante, l’école gabonaise semble avoir perdu de son autorité, de sa discipline et de sa vocation première, celle d’éduquer.
Alors que les parents s’interrogent et que les enseignants expriment leur désarroi face à des comportements de plus en plus incontrôlables, une question revient sur toutes les lèvres : où est la ministre de l’Éducation Nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq ? Car pendant que les salles de classe se transforment en zones de tension, la ministre, elle, brille par son silence. Une absence d’autant plus remarquée qu’elle est actuellement très active sur un tout autre front : celui de la campagne électorale pour le second tour des législatives à Ntoum, où elle défend son siège de députée.
L’école en crise, les élèves livrés à eux-mêmes
Dans plusieurs établissements du Grand Libreville, mais aussi à l’intérieur du pays, les cas de violence se multiplient. Les enseignants, souvent démunis, peinent à contenir les dérives d’une jeunesse en quête de repères. Les punitions ne suffisent plus, les conseils de discipline s’enchaînent, et les parents, parfois complices par leur laxisme, assistent impuissants à la dégradation du climat scolaire.
Certains établissements, comme le lycée Paul Indjendjet Gondjout où le collège de Nzeng-Ayong, ont récemment été secoués par des bagarres diffusés sur la toile, obligeant parfois les autorités locales à intervenir pour rétablir l’ordre.
Une ministre absente du débat public
Dans ce contexte de crise éducative, l’absence de réaction officielle du ministère surprend et inquiète. Aucun communiqué, aucune déclaration publique, aucune mesure concrète n’a encore été annoncée pour tenter d’enrayer cette spirale de violence. Ce mutisme est d’autant plus mal perçu que Camélia Ntoutoume Leclercq, censée incarner l’autorité morale et politique du système éducatif, consacre l’essentiel de son temps à la campagne législative.
« On ne peut pas prétendre défendre la jeunesse à travers un mandat politique et ignorer ce qui se passe dans les écoles », déplore un enseignant de lycée. De nombreux observateurs dénoncent une « dérive politicienne » qui éloigne la ministre de ses priorités régaliennes, laissant les acteurs du secteur livrés à eux-mêmes.
L’urgence d’un sursaut
La recrudescence de la violence en milieu scolaire n’est pas un fait anodin, elle traduit une crise plus profonde, celle d’un système éducatif en perte de repères, miné par la précarité, l’indiscipline et le manque d’encadrement. Face à cette situation, le pays attend un signal fort de la part de ses dirigeants, à commencer par la ministre de l’Éducation Nationale.
Les établissements ont besoin de directives claires, les enseignants d’un soutien concret, et les élèves d’un cadre plus strict. Le silence n’est plus une option. Car pendant que la politique occupe le devant de la scène, l’école, elle, continue de s’enfoncer dans la violence et l’indifférence.