La nouvelle est tombée hier, à l’issue du Conseil des ministres présidé par le Général Brice Clotaire Oligui Nguema au Palais Rénovation : Pascal Nze Ndong Nze a été nommé Directeur général du Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE). Ce militant de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), récemment battu aux élections législatives dans le 2ᵉ arrondissement d’Akanda par Jean Gaspard Ntountoume Ayi, succède à Anicet Edzang Mba, nommé à ce poste il y a seulement deux mois. Une décision qui fait déjà couler beaucoup d’encre.
Pour de nombreux observateurs, cette nomination illustre un certain retour des logiques politiques dans la haute administration, au moment même où le Chef de l’État prône la méritocratie et la rationalisation des postes publics. Dans les rangs de la société civile comme de l’opinion, l’incompréhension domine : comment un candidat battu aux urnes peut-il se voir attribuer une direction générale d’une institution aussi stratégique, censée impulser la politique nationale de l’emploi ?
La réaction la plus virulente est venue d’Annie Léa, figure montante du mouvement Ensemble pour le Gabon (EPG). Interrogée par notre rédaction, elle n’a pas mâché ses mots : « Comment comprendre qu’un échoué notoire aux dernières élections législatives d’Akanda se retrouve bombardé DG du PNPE, en remplacement d’un responsable promu il y a deux mois à peine ? C’est purement scandaleux. » Pour elle, cette nomination relève d’un « lot de consolation politique », loin des principes de redynamisation administrative souvent évoqués par le pouvoir de transition.
L’ancienne responsable du PNPE, dont le passage express de deux mois avait suscité beaucoup d’espoir en interne, est unanimement reconnue pour sa compétence et sa connaissance du secteur. Véritable « mémoire institutionnelle », elle a participé à toutes les réformes de la structure depuis sa création. Son éviction subite interroge, d’autant que de nombreux agents du PNPE voient en elle l’incarnation d’une gestion technocratique et apolitique de l’emploi.
Dans un contexte où la lutte contre le clientélisme devait être l’un des marqueurs de la 5ᵉ République, cette affaire relance le débat sur la cohérence du discours présidentiel. « Le partage du gâteau gabonais », expression jadis employée par le Chef de l’État pour dénoncer les dérives de l’ancien régime, semble aujourd’hui reprise par certains opposants pour décrire ces nominations perçues comme partisanes.
Au-delà du cas de Pascal Nze Ndong Nze, cette polémique pose une question plus large : celle du mérite et de la compétence dans la gestion publique. Si la transition veut se démarquer de l’ancien système, elle devra convaincre que chaque nomination repose sur la valeur et non sur l’appartenance. Dans le cas contraire, la promesse d’un renouveau administratif risque de s’effriter avant même d’avoir pris racine.