Lettre au Peuple 2 : CV, sueur et nerfs bien repassés (Chronique d’utilité discutable, écrite avec soin et un peu d’aigreur éclairée)

Peuple,
Tu es toujours au chômage ou tu as enfin décidé d’ouvrir un snack ? Moi j’hésite encore. Surtout que visiblement, même vendre de la glace est risqué dans un pays sans courant.
Mais ce mois de mars, on nous a gâtés. Deux salons. Deux ambiances. Deux climatisations.

Le premier, c’était le salon de l’emploi. Rien que le nom, ça fait espérer. Comme une promesse de lumière… qu’on coupe dès l’entrée. Tu entres, CV en main, cœur lourd mais toujours bien coiffé et manucuré (messieurs vous aussi, nettoyez vos ongles, merci). Ça sentait la motivation et la transpiration. Et là, tu tombes sur des stands où les hôtes ont l’air de découvrir leur propre entreprise en même temps que toi. Limite tu as envie de leur tendre un flyer. Tu poses une question simple, tu reçois une réponse version robot :
« Nous sommes une entreprise innovante axée sur l’excellence et le développement durable… » Zzz.

Parfois, tu tombes sur des gens brillants, passionnés, mais entre la file de CV, la clim qui déconne et les odeurs de regrets, ils t’expédient à la vitesse d’une requête à la CNAMGS. Traduction : ça prend du temps, et ça finit mal.

J’ai vu une jeune dame, lumineuse, passionnée, expliquer ce qu’elle pouvait apporter à une entreprise.
Et la réponse de l’hôtesse, lasse, asséchée par deux heures de confrontation avec la misère sociale :
« Madame, vous ne passez pas un entretien d’embauche. Donnez votre CV. »

Le CV est tombé dans la pile. Une pile où la dignité se compresse en papier 80g. Une pile qui n’est même pas certaine d’être relue. Une pile qui crie en silence. Une pile que même les mites de bureau ne vont pas se fatiguer à infester.

Pendant ce temps, les demandeurs d’emploi, lassés d’être invisibles, bradent leur posture, font des courbettes à genoux, supplient du regard, supportent des remarques assassines comme :
« Mettez-vous en rang si vous voulez qu’on prenne vos CV. »
« Faut pas s’étonner de ne pas être recruté si vous ne savez pas faire un bon CV. »
« Qu’espérez-vous sans même le bac ? »

L’initiative était belle. Vraiment. Mais l’exécution ? Une tragédie administrative, avec un budget pour les kakémonos mais pas pour la dignité humaine.
Mais bon, on ne pourra pas dire que le Président de la Transition n’a rien fait pour les chômeurs. Il a organisé ça. Merci Prési.
Même si on peut se demander pourquoi il a fallu que ce soit lui qui le demande pour que ça existe. Est-ce qu’on attend aussi qu’il relise nos CV ?
Et surtout, une question se pose : le Président a-t-il dû menacer les entreprises pour qu’elles prennent enfin ce type d’événement au sérieux ?
Ou bien est-ce que nos entreprises n’ont toujours pas compris que leur efficacité passe aussi par la découverte de talents… même parmi les chômeurs ?

Puis est venu le salon de l’industrie.
Là, Peuple, je me suis réconciliée avec la notion de salon. J’y suis allée une première fois par curiosité, avec l’amertume du salon d’avant encore en bouche. Goût CV tiède et humiliation latente.
Et pourtant. Des stands avec des vrais pros. Des passionnés. Des gens qui connaissent leurs produits, leurs métiers, leur valeur. Enfin.

Les discussions étaient solides. Les échanges utiles. Et quelques chômeurs stratèges ont su glisser un CV ou récupérer un contact. Les autres étaient sûrement coincés à écrire leur lettre de motivation en mode poème lyrique.
Pas de stress, pas de condescendance. Juste de la compétence. Et mine de rien, ça soulage.

Et j’y suis retournée. Le dernier jour. Pourquoi ? Parce que pour une fois, j’avais senti une atmosphère de respect, d’écoute, de sérieux.
J’avais entrevu la possibilité d’apprendre quelque chose, d’élargir ma vision, peut-être même de me faire repérer.
Et entre nous, après tant d’humiliations, ça fait du bien de se retrouver dans un lieu où on n’a pas à s’excuser d’exister. Alors j’ai réessayé. Et là, mon peuple, j’ai vu.

J’ai vu le gratin. Le réel tissu industriel gabonais. Les chefs, les passionnés, les cerveaux affûtés.
Et oui, certains étaient aussi de nerveux pains — tu sais, la version 100% locale des super beaux gosses bien nerveux.
Mon intellect était comblé, mais je ne vais pas mentir : certaines silhouettes m’ont donné des idées d’avenir sponsorisé.
Un sugar daddy industriel ? Peut-être. Mais la morale — cette vilaine — m’interdit de l’assumer publiquement.
Alors je me contenterai de dire que j’ai été nourrie. Pas avec des viennoiseries, non. Avec de la matière grise.
Et quelques rêves import-export sous le regard d’un costard bien taillé.

Par contre, Peuple, je t’ai peu vu là-bas. Et ça, c’est dommage.
Toi qui as du temps libre, du Wi-Fi volé et un stock de CV, pourquoi ne pas t’être déplacé ?
Surtout que cette fois, la communication était à la télé, à la radio, même dans les « roseaux sociaux ».
Ce n’est pas faute de visibilité.
L’occasion était belle, et tu aurais pu voir, sentir, discuter, apprendre, ou au pire… admirer discrètement quelques beaux spécimens industriels.
Franchement, tu as raté quelque chose. Et ça ne se rattrape pas avec une story TikTok.

Je suis rentrée chez moi ce soir-là avec la sensation d’avoir passé une journée qui avait du sens.
Et tu sais ce que j’ai fait ? J’ai versé une Regab dans ma flûte.
Et cette fois, elle était fraîche.

Conseil foulosophique du jour : 
« Chômeurs, n’oubliez jamais que vous avez plus à offrir qu’un bout de papier. 
Et entreprises, rappelez-vous que derrière chaque CV mal imprimé, il y a un humain qui n’attend pas une faveur, mais une opportunité. 
La condescendance n’a jamais recruté de talent – au mieux, elle fait fuir ceux qui en ont. »

Paco, foulosophe gabonaise (ou pas) spécialisée en sagesse inutile, contradictions majeures, douceurs assumées et pensées inavouables.

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