À Mayumba, Oligui choisit la “famille PDG” plutôt que ses propres enfants politiques

La politique gabonaise n’en finit pas de surprendre, mais cette fois, elle frôle la comédie burlesque. À Mayumba, dans le département de la Basse-Banio, le second tour des législatives s’annonçait comme un duel politique emblématique : Tatiana Bouyou, candidate de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), le parti fondé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, devait affronter Angélique Ngoma, secrétaire générale du PDG, ancien parti hégémonique du régime déchu. Finalement, il n’y aura pas de duel : sur « instruction », la candidate bâtisseuse a dû plier bagage avant même le coup d’envoi.

Selon plusieurs sources concordantes, la consigne viendrait d’en haut, très haut. Le président lui-même aurait ordonné à sa candidate de se retirer, offrant ainsi une victoire sur un plateau d’argent à la doyenne Angélique Ngoma, visiblement indéboulonnable sur ses terres. Un renoncement surprenant pour un chef d’État qui, depuis un an, promettait de tourner la page d’un système décrié. Mais à Mayumba, le passé a la peau dure et, visiblement, quelques appuis solides dans les couloirs du pouvoir.

Derrière cette manœuvre, les observateurs voient une équation politique soigneusement calculée : préserver les équilibres, ménager les susceptibilités et ne pas froisser un PDG encore bien implanté dans le logiciel de gouvernance d’Oligui Nguema. Après tout, Angélique Ngoma a bien survécu à toutes les transitions, toutes les alliances et toutes les épurations politiques. Un symbole vivant de la résilience politique à la gabonaise. Et peut-être aussi une pièce maîtresse pour la prochaine recomposition de l’Assemblée nationale.

Mais la décision laisse un goût amer du côté des militants de l’UDB, nombreux à y voir un désaveu silencieux du parti présidentiel lui-même. À peine né, le mouvement des Bâtisseurs donne l’impression d’avoir posé la truelle avant d’avoir terminé le mur. À quoi bon prêcher la rupture si, dans les faits, on ressuscite les figures du vieux système ? Certains parlent d’un « deal » politique, d’autres d’un « remerciement stratégique », surtout quand on sait qu’Angélique Ngoma a failli perdre la vie il y a un quelques semaines dans un accident en allant célébrer la « la fête de Libération ». Dans tous les cas, l’épisode de Mayumba met à nu une vérité crue : au Gabon, les vieilles alliances ne meurent jamais vraiment, elles changent simplement de couleur de drapeau.

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Pendant ce temps, la population de Mayumba, qui espérait assister à un véritable débat d’idées entre deux femmes de conviction, assiste impuissante à une pièce politique sans suspense, où l’acte final était visiblement écrit d’avance. Le pays, lui, observe. Et une question demeure : à force de composer avec l’ancien monde, le régime de la Transition ne risque-t-il pas de devenir son plus fidèle imitateur ?

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