Au Gabon, le sort réservé à l’école rurale demeure l’un des paradoxes les plus criants du système éducatif. Alors que l’éducation est proclamée comme un pilier du développement, les conditions dans lesquelles exercent les enseignants à l’intérieur du pays trahissent un profond désintérêt. Loin des projecteurs et des commodités de la capitale, ces éducateurs travaillent souvent dans des environnements démunis : infrastructures délabrées, absence de logements décents, manque de matériel pédagogique, isolement géographique. Ce cadre, loin d’être propice à l’épanouissement professionnel et personnel, rend leur mission plus héroïque que valorisée.
Affecter un enseignant en zone rurale ne devrait pas être perçu comme une sanction ou une corvée. Pourtant, c’est bien ainsi que cette affectation est souvent vécue, faute de politiques incitatives et d’un accompagnement digne de ce nom. Là où l’on devrait voir une mission noble, celle de transmettre le savoir aux enfants des villages, futurs bâtisseurs de la nation, on assiste à une forme de relégation sociale et professionnelle.
Les enseignants ruraux, souvent livrés à eux-mêmes, subissent un traitement inéquitable par rapport à leurs collègues des grandes villes, alors même qu’ils portent sur leurs épaules une part essentielle du développement humain du pays.
Pour Daniel Akoma, « L’école rurale aujourd’hui est en voie de disparition. À mesure que les zones reculées se vident, les écoles de l’arrière-pays sont progressivement vidées de tout. Entre les conditions d’apprentissage (pédagogiques et sociales) et le manque de débouchés pour les quelques diplômés de ces zones, il devient aujourd’hui difficile de se projeter en ce qui concerne l’école dès que l’on sort des grandes villes. Si rien n’est fait, ces bâtisses seront abandonnées et ce sera la fin de l’école républicaine, l’école accessible à tous », s’indigne l’enseignant de philosophie.
Cette inégalité de traitement révèle une vision encore tronquée du développement. Car, en réalité, le progrès d’un pays ne se décrète pas dans les bureaux ministériels ou les tours administratives de la capitale : il se construit dans les salles de classe, parfois en terre battue, où un instituteur enseigne à la lumière d’une lampe à pétrole. Pourquoi celui qui travaille à la Présidence serait-il mieux traité que celui qui forme les générations appelées à transformer la nation ? Une telle incohérence dans la hiérarchie des priorités traduit un déséquilibre structurel, symptomatique d’un État qui valorise davantage les symboles du pouvoir que les fondations du savoir.
Si le Gabon aspire sincèrement au développement, il doit commencer par honorer ceux qui le portent : les enseignants, en particulier ceux des zones rurales. Cela passe par un investissement massif dans les infrastructures scolaires, une politique de motivation claire (primes, logements, formations), et une reconnaissance sociale réelle. Traiter dignement l’enseignant rural, c’est reconnaître que l’avenir du pays se joue aussi loin des capitales administratives, dans ces écoles isolées où se forgent les consciences et les esprits qui bâtiront le Gabon de demain.