En annonçant son retrait du processus électoral, le mouvement Ensemble Pour le Gabon (EPG) tente de se poser en défenseur de la démocratie. Dans un communiqué solennel, le parti affirme se retirer d’un scrutin qu’il juge « biaisé » et contraire aux principes de transparence. Mais derrière ce discours de principe, beaucoup y voient surtout une manière élégante de masquer son incapacité à peser sur l’échiquier politique national.
Depuis le coup d’État du 30 août 2023 et les promesses de rupture portées par les militaires, EPG n’a cessé de dénoncer des dérives institutionnelles, du référendum de novembre 2024 à la nouvelle loi électorale qu’il juge liberticide. Le parti évoque également l’exclusion de certaines structures partisanes et l’omnipotence du Centre gabonais des élections comme autant de preuves de manipulation. Des critiques qui, en réalité, peinent à masquer une vérité plus crue : son absence de réelle assise électorale.
La présidentielle du 12 avril 2025 a déjà révélé l’extrême faiblesse du mouvement, incapable de rassembler au-delà de cercles militants restreints. L’organisation couplée des législatives et locales, prévue en septembre, n’augurait guère de meilleurs résultats. À l’heure où l’opposition cherche à fédérer ses forces, EPG s’est trouvé marginalisé, incapable d’imposer son candidat ou de peser dans les négociations. Le retrait annoncé résonne donc moins comme un acte de résistance que comme un aveu d’impuissance.
En choisissant de dramatiser son départ, le mouvement tente de transformer une défaite annoncée en geste politique. « Nous ne cautionnerons jamais un processus biaisé », affirme-t-il. Mais derrière cette posture de principe, la lecture la plus évidente est celle d’un parti qui se retire faute de pouvoir engranger ne serait-ce qu’un siège. L’excuse du boycott vient ainsi donner une dignité de façade à une marginalisation politique déjà actée.
Pour les observateurs, le cas d’EPG illustre un paradoxe fréquent au sein de la scène gabonaise : l’incapacité de certains mouvements à construire un ancrage populaire réel, tout en se réfugiant dans le discours de la « trahison démocratique ». En se retirant, Ensemble Pour le Gabon n’affaiblit pas tant le processus électoral qu’il ne signe son propre effacement. Dans la bataille politique en cours, ce geste apparaît moins comme une alerte que comme le constat brutal de sa propre insignifiance.