À Libreville comme dans bien d’autres villes du Gabon, manger dans la rue est devenu une évidence pour des milliers de personnes. Poisson braisé, bouillons fumants, brochettes grillées ou beignets chauds. Ces plats populaires séduisent par leur prix et leur accessibilité. Mais derrière cette apparente convivialité se cache une menace bien plus grave. Chaque jour, des assiettes servies à la hâte deviennent de véritables bombes sanitaires pour les consommateurs.
Au détour des quartiers, le spectacle est récurrent, aliments exposés à la poussière et aux gaz d’échappement, viandes manipulées à mains nues, ustensiles jamais désinfectés, eaux stagnantes à deux pas des marmites. Dans bien des cas, aucun certificat médical n’atteste que ceux qui cuisinent et servent les repas sont aptes à manipuler de la nourriture. Or, il suffit d’un seul porteur de germes pour provoquer une contamination en chaîne.
Conséquence, les intoxications alimentaires se multiplient, souvent traitées dans le silence des hôpitaux et centres de santé. Des diarrhées aiguës, parfois mortelles, des cas de typhoïde ou de choléra rappellent brutalement que manger dans ces conditions est un pari dangereux. Le coût est lourd pour les familles et pour un système sanitaire déjà fragilisé.
Certes, l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) multiplie les descentes inopinées et prône une tolérance zéro. Mais face à l’ampleur du phénomène, ses efforts ressemblent encore à des gouttes d’eau dans un océan d’insalubrité. Les gargotes et restaurants de fortune se comptent par centaines, et beaucoup échappent à toute forme de contrôle.
Le problème est donc systémique. Tolérer l’insalubrité dans la restauration de rue, c’est exposer quotidiennement la population à des risques mortels. La question n’est plus de savoir si les consommateurs sont en danger, mais à quel moment l’explosion sanitaire aura lieu.