Pr Odome Angone : L’éducation populaire pour une conscience civique à l’ère du digital

Cette publication s’adresse à la jeunesse africaine, en prenant pour objet la jeunesse gabonaise.

Certains internautes sont parfois convaincus, à tort, qu’avec un smartphone, l’autolégitimation de chaque prise de parole ressemblerait à un micro-Etat. Cela veut dire que l’internaute serait d’emblée doté d’une liberté de dire, en toute autonomie, sans répercussion ni conséquence dans la vie de tiers, encore moins dans sa propre vie.

Cette jeunesse prend tout à la légère. Pense que la vie c’est un jeu. Que d’autres viendront changer le pays à leur place clé en main…

Il y en a qui ne savent même pas qu’une publication en ligne depuis leur chambre ou leur salon, s’adresse en filigrane à 8 milliards d’individus donc à la planète entière.

Hier, j’ai publié une courte vidéo d’à peine 40 sec, via laquelle je lançais un « avis de recherche » pour identifier un jeune homme, étudiant à l’UOB (Libreville), photographe à ses heures creuses. Je voulais lui faire saisir une opportunité. Il aurait été trop facile de tout dire dans l’annonce pour éviter justement que des imposteurs ne s’improvisent acteurs, étant donné que dans la vidéo, on ne voit pas bien le visage du concerné, obstrué par son appareil photo.

Durant mon séjour au Gabon, j’ai été frappée par le sérieux de quelques jeunes, la plupart des étudiants, qui faisant des jobs de vacance dans certaines grandes enseignes de la capitale, pour se faire un peu d’argent et acquérir de l’expérience dans leur domaine respectif.
L’un d’eux se trouve dans la vidéo que j’ai publiée hier. Un autre, je l’ai rencontré à SogamEquip. Cela m’a réjoui de savoir qu’il y a encore une jeunesse gabonaise consciente, engagée et travailleuse, qui ne passe – bien entendu – pas des journées à invectiver sur les réseaux sociaux.

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La plupart des jeunes rencontrée à Libreville était très courtoise, à la limite de l’obséquiosité. D’ailleurs le Gabonais que j’ai rencontré dans la rue one-one s’illustrait par une courtoisie admirable. Et je me demande, qui sont tous ceux qui piaillent en ligne?

Nos échanges, quoique brefs, me donnèrent grand espoir, rassurée qu’il y a encore du bon grain (de l’ivraie). Cela m’a aussi permis de distinguer les jeunes des réseaux et ceux qui vivent dans l’anonymat tous les jours, concentrés à déjouer le déterminisme social pour leur avenir.

Malheureusement, en ligne, les tonneaux vides jacassent.

Jeunesse africaine, savez-vous que des recruteurs ou potentiels employeurs, scrutent nos comptes en ligne pour voir l’image que nous véhiculons de nous-mêmes, avant de nous recruter ?

Il serait vraiment dommage que vous ratiez une opportunité en or, uniquement parce que la psychologie des foules en ligne liée à un maladroit besoin d’affirmation de soi vous auto-exclue d’une opportunité en or.

Si j’étais décideurE, j’injecterai des fonds dans l’éducation populaire, la vraie. La jeunesse gabonaise en a grand besoin.

Je ne parle pas de l’éducation populaire 2.0 qui consiste à financer des cyberactivistes pour injurier des concitoyens afin d’écorner leur image en période électorale.

Je parle de l’éducation populaire qui fait de l’éthique et des valeurs citoyennes un moyen sûr et durable, dans l’objectif de faire communauté, de faire peuple, et peut-être un jour de faire pays ENSEMBLE !

Je suis vraiment inquiète de voir combien la désinhibition de la parole en ligne autorise des gamin(e)s à se lâcher, (oui des gamins qui, je suis sûre, n’auraient au grand jamais eu le cran de répéter leurs propos orduriers aux destinataires), avec l’assurance qu’il ne leur arriverait rien.

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Et c’est avec cette jeunesse que nous devons malgré tout conjuguer pour faire pays !

Et l’on s’étonne que des « étrangers » vilipendent le Gabon sans ambages, sans filtres, un pays qui leur a souvent tout donné et vis-à-vis duquel ils demeurent incroyablement non reconnaissants ?

Si vous-mêmes vous injuriez vos concitoyens, si vous-mêmes vous normalisez le fait d’invectiver certaines personnalités pour peu qu’elles ne partagent pas les mêmes idées que vous, qu’attendez-vous en retour de ceux et celles que vous accueillez chez vous ?

Un pays est à l’image d’une famille. Si vous recevez un « étranger » chez vous et vous lui montrez, en prêchant par la pratique, que chez vous on peut vivre dans le désordre, que l’on peut taper sur papa/maman, que l’on peut voler le coffre-fort des parents, que l’on peut même profaner les tombes de vos ancêtres, croyez-moi, il empruntera la voix que vous lui avez dicté vous-mêmes, s’adaptera au centuple à vos habitudes.

Il vous revient de mettre des limites, ainsi ceux/celles que vous recevez sauront les limites à ne jamais franchir, à leurs risques et périls.

Il est très préoccupant d’avoir affaire à une jeune égarée, convaincue que la meilleure façon d’exister se résume à la délation en ligne.

Quel pays peut-on durablement construire avec une telle normalisation de l’incurie ?!

Au plus haut degré de ma folie, (je veux dire “si j’eusse été folle”), pensez-vous qu’il me serait arrivé à moi d’ouvrir une caméra un matin et de me lancer dans des injures à l’égard du pays qui m’a accueilli ?

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Une personne avertie observe, regarde, prends acte des valeurs en partage dans le pays d’accueil, et sait ce qu’elle ne peut pas faire, parce qu’autour d’elle, elle voit chaque jour les règles du jeu.

On ne te respecte que parce que tu te respectes. On ne respecte les tiens que parce que tu les respecte. On ne fait chez toi que ce que tu laisses faire.

Je reste inquiète.

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