Les 100 jours premiers du gouvernement Oligui Nguema et sa Ve République : espoir confirmé ou rendez-vous manqué ?

Cent jours se sont écoulés depuis l’instauration de la Ve République gabonaise. Une période souvent considérée comme un premier test politique, où l’élan des promesses électorales et la passion politique se confrontent à la réalité des faits. Entre annonces ambitieuses et attentes pressantes de la population, le bilan des 100 premiers jours du gouvernement d’Oligui Nguema divise déjà observateurs et fait grincer les citoyens.

À l’issue de la transition politique qui a ouvert la voie à cette nouvelle ère institutionnelle, les Gabonais attendaient des signaux clairs. Lutte contre la corruption et la vie chère, améliorer les services publics de base, faire chuter le chômage par l’emploi des jeunes, assainir la gouvernance en instaurant de façon factuelle les mécanismes de contrôle et de gestion justifiés par des indicateurs de croissance… Dans les rues de Libreville comme à l’intérieur du pays, beaucoup espéraient un changement visible, une rupture rapide, presque tangible.

Des avancées, mais encore loin des attentes

Certaines initiatives lancées par le gouvernement d’Oligui Nguema dès les premières semaines sont saluées, notamment dans la lutte contre les pratiques financières opaques ou dans l’annonce de projets de modernisation urbaine. Des mesures symboliques, comme la réduction de certains privilèges officiels ou la promesse d’une gestion plus rigoureuse, ont marqué les esprits, du moins dans les annoncent, plus que certaines preuves ne sont pas publiques. Cependant, sur le terrain, l’impact reste limité.

L’accès à l’eau et à l’électricité reste irrégulier dans de nombreuses zones du pays. À Libreville, par exemple, plusieurs quartiers demeurent privés d’eau courante, contraignant les habitants à recourir aux puits pour leurs besoins domestiques. Dans les marchés comme dans les magasins, la hausse persistante des prix des denrées continue de peser lourdement sur les ménages aux revenus modestes, tandis que les réformes économiques engagées peinent encore à produire des effets tangibles. Dans l’administration, certains services manquent toujours de fournitures de base, telles que le papier ou l’encre, tandis que des comportements inappropriés perdurent chez certains agents, entretenant la lenteur et favorisant, dans certains cas, la corruption.

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Ces réalités en disent long sur le niveau de satisfaction des populations : selon Minka Sallah : « Les gabonais crient tous les jours la vie chère, les hôpitaux deviennent pires que les cliniques, les transporteurs nous spolient, les fonctionnaires crient à l’aide et aucune oreille ne nous écoute. Nous souffrons, mais apparemment, il faut être bien placé pour vivre heureux au Gabon ou proche du pouvoir. C’est dommage ! »

Une gouvernance encore en rodage

La concentration des pouvoirs entre les mains du chef de l’État, qui dirige également le gouvernement, est perçue par certains comme un atout pour agir vite. Mais d’autres y voient un risque d’essoufflement, faute de contrepoids institutionnels et de relais efficaces dans l’administration. Désormais, tous les pouvoirs sont concentrés à la présidence de la République. Les premières nominations et réorganisations ont donné un signal de fermeté, mais la machine étatique reste confrontée à ses lenteurs habituelles. La restauration des mentalités tarde à se mettre en place, afin d’espérer des meilleurs résultats.

Pour les partisans du régime, ces cent jours constituent avant tout une période de mise en place où l’essentiel se joue dans les coulisses. Révision des priorités, assainissement des finances, définition d’une feuille de route cohérente. Pour les plus critiques, cette période a manqué de gestes forts directement ressentis par la population, laissant planer le doute sur la capacité du pouvoir à tenir le rythme des engagements. Surtout que celui-ci n’a presque pas changé les hommes qui servaient hier sous Ali Bongo que l’on considère aujourd’hui comme le principal et unique responsable de tous les maux du pays.

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Pour être objectif, les cent premiers jours de l’administration Oligui Nguema et la Ve République gabonaise laissent un bilan contrasté. Positif pour ceux qui y voient les bases d’une gouvernance plus rigoureuse ainsi que ceux qui sont aux affaires, mitigé pour ceux qui attendent des résultats concrets dans leur quotidien. Les prochains mois seront déterminants. Soit l’élan initial se transforme en réformes visibles et durables, soit la déception risque de s’installer.

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