En 2025, l’Afrique poursuit sa mue industrielle en dessinant une nouvelle cartographie de la puissance économique régionale. Portée par l’essor de la classe moyenne, la diversification progressive des économies et l’émergence de champions industriels locaux et internationaux, une dizaine de pays se positionnent désormais comme des pôles d’attraction pour les grandes entreprises manufacturières. Un classement établi par Africanews et corroborées par des rapports de la Banque africaine de développement (BAD).
L’Afrique du Sud conserve son statut de tête de proue industrielle, portée par des entreprises comme Sasol (chimie) et ArcelorMittal (sidérurgie), qui consolident sa domination dans les industries lourdes. Elle est suivie de près par l’Égypte, désormais incontournable dans l’automobile, le bâtiment et les équipements. Le Nigeria, fort de son poids démographique et de ses ressources énergétiques, s’impose dans la pétrochimie et l’agro-industrie, tandis que le Maroc, hub industriel en pleine expansion, attire massivement les investissements dans les filières automobile, aéronautique et textile. L’Algérie, bien que confrontée à des défis structurels, capitalise encore sur ses mastodontes publics tels que Sonatrach pour maintenir une industrie lourde active.
Plus à l’est, le Kenya mise sur les biotechnologies et l’assemblage électronique, avec un ancrage croissant dans l’économie numérique. L’Éthiopie, quant à elle, poursuit avec succès sa stratégie de développement à travers des zones économiques spéciales, devenant un géant discret du textile et du cuir. Le Ghana accélère dans les domaines de la transformation minière et pétrolière, tandis que la Tanzanie et la Côte d’Ivoire ferment ce classement, portées respectivement par les industries légères et agricoles. L’implantation progressive d’entreprises locales et étrangères dans ces pays traduit une volonté assumée d’ancrer l’industrialisation dans les réalités nationales.
Cette dynamique est soutenue par plusieurs leviers convergents. D’abord, des politiques publiques volontaristes favorisant la création d’écosystèmes compétitifs, comme les zones franches au Maroc ou les incitations fiscales en Éthiopie. Ensuite, la demande intérieure croissante, stimulée par une urbanisation rapide, pousse les États à miser sur des chaînes de valeur locale pour répondre aux besoins de consommation. Enfin, la disponibilité des matières premières, qu’il s’agisse du minerai en Afrique du Sud, du pétrole au Nigeria ou du cacao en Côte d’Ivoire, demeure un atout central dans les stratégies industrielles africaines.
Toutefois, des contraintes notables persistent. Le déficit en infrastructures de transport et d’énergie continue de freiner la compétitivité des filières industrielles, tandis que la dépendance excessive aux importations de biens d’équipement pèse sur la balance commerciale. De plus, l’informalité, omniprésente dans le tissu productif africain, rend difficile l’organisation de filières pérennes et freinant l’innovation locale. Ces défis nécessitent des réformes structurelles profondes si les pays veulent consolider leurs avancées actuelles.
À l’horizon 2030, les projections des analystes tablent sur une consolidation du leadership de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc. Néanmoins, des pays comme le Sénégal, l’Ouganda ou le Rwanda pourraient émerger s’ils maintiennent leur trajectoire actuelle en matière d’investissement et de climat des affaires. Dans un contexte mondial marqué par la relocalisation des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique pourrait bien devenir l’un des prochains grands terrains de jeu de l’industrie mondiale.