Le paysage politique camerounais est en ébullition après l’annonce d’un chiffre record : 81 candidatures déposées pour la présidentielle du 12 octobre 2025. Un phénomène inédit dans l’histoire électorale du pays, qui suscite autant l’étonnement que l’indignation dans les milieux universitaires et citoyens. Pour nombre d’observateurs, cette inflation témoigne moins d’un élan démocratique que d’une profonde crise de gouvernance et de représentation politique.
Michel Oyane, politologue et enseignant à l’université de Yaoundé II, n’y voit aucun motif de réjouissance. Il y décèle, au contraire, une banalisation dangereuse de la fonction présidentielle. « C’est le signe d’un mal profond. Le poste de chef de l’État est perçu comme vacant ou vidé de sa substance, tant les Camerounais ont perdu confiance dans l’exercice réel du pouvoir », rapportent les confrères de RFI. Une perception nourrie, selon lui, par l’inaction apparente de l’actuel président, Paul Biya, et par le sentiment que les rênes du pays sont entre d’autres mains.
Cette inquiétude est partagée par Viviane Ondoua Biwolé, professeure d’université et experte en gouvernance publique, pour qui la multiplication des candidatures est un révélateur de « graves dysfonctionnements institutionnels ». Elle y voit un effet pervers d’un système où l’absence de filtres sérieux laisse place à une surenchère individuelle, souvent déconnectée des réalités du pouvoir. Le manque de rigueur dans les règles d’éligibilité serait ainsi un facteur facilitant l’illusion que toute ambition personnelle peut prétendre à la magistrature suprême.
Face à cette situation jugée préoccupante, certains appellent à une révision en profondeur de la loi électorale. Michel Oyane plaide pour un durcissement des conditions de candidature à la présidentielle. « Le Cameroun n’est pas un théâtre politique où chacun vient réciter son rôle. Il est temps de protéger l’institution présidentielle contre l’opportunisme et la légèreté. » Des propositions qui, si elles venaient à être débattues, pourraient poser la question sensible de la limitation de la démocratie participative au nom de l’efficacité institutionnelle.
Elecam, l’organe en charge de la gestion des élections, a désormais une semaine pour évaluer la recevabilité des dossiers. Ce moment charnière permettra non seulement d’écrémer le nombre de candidats, mais aussi de mesurer la capacité de l’institution à faire respecter les critères légaux dans un contexte de forte pression politique. Reste à savoir si cette étape parviendra à restaurer un minimum de crédibilité dans un processus électoral déjà éclaboussé par la défiance généralisée.