63 milliards octroyés par province durant la transition : Que sont devenus lesdits fonds ?

En 2024, dans le sillage de la Transition, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait alloué 7 milliards de francs CFA à chacune des neuf provinces du Gabon, avec pour objectif d’impulser un véritable développement des territoires, redonner des moyens aux administrations provinciales et corriger les errements de l’ancien régime accusé d’avoir vidé de son sens la décentralisation. Un an plus tard, cette mesure qui avait suscité l’espoir dans les territoires peine à convaincre par les faits. Derrière les chiffres annoncés, une question s’impose avec insistance : que sont devenus ces 63 milliards de FCFA ?

Le silence autour de la gestion de ces fonds devient préoccupant. Aucun rapport, aucun tableau d’exécution, aucun point d’étape n’a été communiqué. Sur le terrain, les impressions varient car dans certaines provinces, les populations peinent à identifier un seul projet concret issu de cette manne exceptionnelle. Ailleurs, ce sont des tensions, voire des ruptures, qui apparaissent entre les acteurs chargés de gérer les fonds.

Dans la province de l’Ogooué-Ivindo, à Makokou, l’exemple est frappant. En mars 2024, le président de la République y avait personnellement remis une enveloppe de 7 milliards, avec des orientations claires : répondre aux besoins prioritaires en matière de santé, d’éducation, d’eau potable, d’électricité ou encore de voirie urbaine. Un an après, aucun chantier n’a démarré, du moins pas tous.

La raison étant que le collège des délégués spéciaux, censés représenter les quatre départements de la province au sein du comité technique, a décidé de se retirer du dispositif. En cause : une série de décisions unilatérales prises par le comité de pilotage, notamment la suppression arbitraire de projets validés localement, sans consultation ni justification. Des accusations de favoritisme, d’opacité et de risque de surfacturation, notamment via le recours au PNUD comme opérateur, ont également été évoquées.

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Loin d’être un cas isolé, l’exemple de Makokou soulève des interrogations profondes. Peut-on encore parler de gouvernance locale quand les projets sont décidés à Libreville ? À quoi servent les consultations si les priorités exprimées par les citoyens sont systématiquement revues ou écartées ? Comment justifier l’absence d’évaluation publique des fonds les plus emblématiques de la Transition ?

Le président Oligui Nguema, désormais à la tête de la Cinquième République, a affirmé à plusieurs reprises sa volonté de rompre avec les pratiques opaques du passé. Il a fait de la transparence, de la redevabilité et de la bonne gouvernance les piliers de son mandat. La gestion des 63 milliards alloués aux provinces pourrait bien être le premier test de crédibilité de cette nouvelle ère.

À cet effet, un audit indépendant et public, province par province, devient une nécessité démocratique, pour établir les responsabilités. Il ne s’agit pas de lancer une chasse aux sorcières, mais de construire une culture de résultats, d’apprentissage institutionnel et de confiance entre l’État et les citoyens. La décentralisation ne peut être crédible que si elle s’accompagne de règles claires, de reddition de comptes et de mécanismes de participation.

 

 

 

 

 

 

 

Un commentaire sur « 63 milliards octroyés par province durant la transition : Que sont devenus lesdits fonds ? »

  1. bonjour.
    Il est tout de important de signaler la réalisation en cours des travaux de la voirie de la ville de Makokou par la société LE ROI DES CHANTIERS.
    Merci de le préciser.

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