L’annonce de la création du parti politique du président Brice Clotaire Oligui Nguema, prévue le 28 juin 2025, sonne comme un coup d’accélérateur dans la recomposition du paysage politique gabonais. Loin d’être une simple formalité, cette initiative pourrait devenir un point de convergence stratégique pour les anciens cadres du Parti démocratique gabonais (PDG), en mal de repères depuis la fin de l’ère Bongo. Et surtout, un catalyseur pour une cohabitation politique inédite avec les formations d’opposition les plus influentes du pays.
Derrière l’idée d’un « outil politique fédérateur » avancée par le chef de l’État, se profile une manœuvre sophistiquée visant à capter les énergies éclatées de l’ancienne majorité présidentielle. De nombreux ex-hauts responsables du PDG, marginalisés ou désorientés, voient dans cette nouvelle formation un moyen de retrouver une plateforme d’expression politique, sans avoir à assumer le lourd passif de leur ancienne maison. Le parti présidentiel pourrait ainsi devenir un véritable sas de réinsertion pour ces figures politiques en quête de renaissance.
Mais l’enjeu dépasse largement le recyclage de cadres politiques. Le projet d’Oligui Nguema semble aussi conçu pour imposer une cohabitation politique anticipée avec les principales forces d’opposition. L’Union Nationale de Paulette Missambo, le RPM d’Alexandre Barro Chambrier ou encore Les Démocrates de Guy Nzouba Ndama, pourraient être contraints d’entrer dans une logique de partenariat avec la nouvelle force présidentielle, si celle-ci venait à structurer une majorité parlementaire composite. Une logique de compromis que certains qualifieront de réalisme, d’autres d’opportunisme.
Car l’autre carte maîtresse du président pourrait bien être celle de la « majorité présidentielle élargie ». En réunissant anciens barons du PDG, jeunes figures montantes issues de la société civile et micro-partis politiques indépendants, Oligui Nguema s’offre la possibilité de façonner un bloc politique hétérogène capable de stabiliser la gouvernance à l’approche des prochaines élections législatives et locales.
Ce faisant, le président donne aussi un signal clair : la post-transition politique ne sera pas une zone de non-droit pour les partis. Au contraire, elle pourrait accoucher d’un modèle de gouvernance basé sur l’équilibre entre continuité administrative et renouvellement politique. Pour les opposants, le dilemme est réel : résister au risque d’isolement ou accepter de jouer un rôle dans un schéma de cohabitation à géométrie variable.
À terme, l’architecture politique qui se dessine pourrait permettre une alternance maîtrisée, sans effondrement du système institutionnel, ni véritable changement de mentalité. Un scénario dans lequel les partis opposants se verraient allouer des postes symboliques et pas forcément stratégiques, en échange d’une neutralité politique partielle. Ce ne serait pas une première dans l’histoire politique gabonaise, mais une variante raffinée de la cooptation consensuelle.
Dans cette recomposition silencieuse, la mise sur pied du parti présidentiel agit comme une opération de captation d’alliés autant qu’un test de loyauté. Il redéfinit les lignes de fracture en réhabilitant les bannis du système tout en balisant le chemin d’une gouvernance plus inclusive… ou plus verrouillée, selon le point de vue.
Une chose est certaine : avec ce nouveau parti, Oligui Nguema ne se contente pas de « rassembler les énergies constructives », il prend surtout une avance stratégique pour devenir, durablement, le centre de gravité du système politique gabonais. Le véritable maître des horloges.