Diplomatie à double fond : Que gagne réellement la Chine derrière ses « dons gracieux » au Gabon?

Le 10 juin 2025, l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, a annoncé que Pékin financerait la construction d’un bâtiment polyvalent destiné au ministère gabonais des Affaires étrangères. Présenté comme un « don gracieux », ce geste s’inscrit dans une longue tradition d’aide bilatérale chinoise à l’Afrique. Mais derrière les apparences d’une coopération désintéressée, ce projet soulève des interrogations légitimes sur la nature réelle de la présence chinoise au Gabon et sur les contreparties silencieuses exigées par Pékin dans le cadre de sa stratégie d’influence sur le continent.

 

Ce n’est pas la première fois que la Chine utilise la diplomatie des infrastructures pour gagner en profondeur géopolitique. À travers le continent, elle a offert ou plutôt investi dans plus de 180 édifices publics (parlements, palais présidentiels, sièges de ministères) entre 1966 et 2023. À titre d’exemple, le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, d’un coût estimé à 200 millions de dollars, ou encore le nouveau parlement du Zimbabwe, évalué à 140 millions de dollars, ont été intégralement pris en charge par Pékin. Le Gabon entre donc à son tour dans cette stratégie d’« ancrage gracieux », qui lie coopération diplomatique et dépendance structurelle.

 

Sur le plan local, le contexte prête à une lecture plus pragmatique. Le ministère gabonais des Affaires étrangères, depuis des années en travaux de réhabilitation, souffre d’un déficit de moyens logistiques. Pékin se positionne alors en bienfaiteur d’un État en restructuration, notamment depuis la chute du régime Bongo en 2023. La Chine a été l’un des premiers pays à reconnaître les nouvelles autorités issues du coup de force du général Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce « don » intervient donc dans un timing politique favorable, ouvrant un nouveau cycle de coopération directe, débarrassé des vieux équilibres diplomatiques. Derrière la pierre posée, se profile une volonté manifeste de consolider des rapports d’influence sur le long terme.

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Mais les objectifs chinois ne se limitent pas à la visibilité diplomatique. Le Gabon est un pays stratégique pour ses ressources : deuxième producteur mondial de manganèse, détenteur de vastes réserves de pétrole, de fer, et d’uranium. La Chine, en renforçant ses liens politiques par des gestes hautement symboliques, prépare en réalité le terrain pour sécuriser des contrats miniers, capter des marchés publics, ou imposer ses entreprises d’État dans les projets d’infrastructure. Déjà, la construction du barrage de Grand Poubara (84 millions de dollars) et la tentative d’exploitation du gisement de fer de Belinga (via la société chinoise Comibel) illustrent l’efficacité de cette stratégie d’influence.

 

Enfin, il convient de s’interroger sur la nature même de ces « dons ». Derrière chaque bâtiment se trouve un mécanisme complet : ingénieurs, matériaux, entreprises, maintenance… tout est assuré par la Chine, sans appel d’offre, ni transfert réel de compétences. Le Gabon, comme d’autres pays bénéficiaires, devient alors non seulement débiteur politique, mais dépendant techniquement. La phrase de l’ambassadeur Zhou Ping, « Ce bâtiment améliorera l’image du Gabon »,Mi prend ainsi un double sens : améliorer l’image mais au prix d’une architecture, d’une ingénierie et d’un savoir-faire intégralement importés.

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