Le 2 juin dernier, Libreville a accueilli la première édition des Olympiades de l’Éducation nationale, une initiative inédite visant à promouvoir l’excellence scolaire, artistique et culturelle. Placé sous le haut patronage de la Première dame du Gabon, Zita Oligui Nguema, cet événement a notamment distingué vingt jeunes filles issues de milieux modestes, récompensées par des bourses d’études et des ordinateurs portables dans le cadre du programme Educating Linda, soutenu par la Fondation Merck et la fondation Ma Bannière.
Dans un pays où les inégalités d’accès à l’éducation restent criantes, la portée symbolique d’un tel geste est indéniable. « L’éducation est le socle du développement d’une Nation », a rappelé Zita Oligui Nguema, mettant l’accent sur l’autonomisation des filles. L’événement, marqué par une mise en scène festive et solennelle, a réuni hauts responsables politiques, parents, élèves, et partenaires internationaux. L’émotion était palpable, tout comme l’espoir suscité par ces distinctions.
Mais au-delà des flashs et des discours, une question essentielle persiste : que devient le parcours de ces jeunes filles une fois les projecteurs éteints ? Car si la remise d’un ordinateur ou d’une bourse peut changer une trajectoire, elle ne constitue pas à elle seule un système de soutien durable. Trop souvent, dans les politiques éducatives africaines, les initiatives spectaculaires masquent un déficit de suivi structurel. L’éducation ne se limite pas à une dotation ponctuelle, elle exige un accompagnement sur le long terme.
En cela, la réussite des Olympiades ne se mesurera pas seulement à la hauteur des récompenses, mais à la capacité des institutions à maintenir un lien constant avec les lauréates. Mentorat, tutorat, accès à des réseaux de soutien, évaluation des progrès académiques : autant de leviers qu’il reste à mettre en place pour garantir un impact réel et mesurable. À défaut, ces jeunes filles pourraient n’être que les héroïnes éphémères d’une actualité sans lendemain.
Certes, Zita Oligui Nguema affiche une volonté politique claire. Son double rôle de marraine des Olympiades et d’ambassadrice de la Fondation Merck témoigne d’une vision progressiste, ancrée dans une dynamique d’équité. Mais l’avenir de ces bénéficiaires dépendra aussi de la coordination entre les ministères, les établissements scolaires, les ONG locales et les familles. L’éducation est une chaîne dont chaque maillon compte.
Le Gabon gagnerait à institutionnaliser le suivi post-bourse, à l’image de certains pays d’Afrique de l’Est où des plateformes numériques assurent un accompagnement éducatif et psychologique continu. L’enjeu est d’autant plus grand que ces jeunes filles, venues de milieux défavorisés, sont souvent confrontées à des obstacles persistants : transport, alimentation, violences sexistes, surcharge domestique. Un ordinateur ne peut à lui seul effacer ces réalités.
Finalement, les Olympiades de l’Éducation nationale posent une première pierre encourageante. Elles célèbrent une jeunesse gabonaise pleine de promesses, et une volonté politique de soutenir ses talents. Mais elles appellent surtout à une responsabilité collective : celle de ne pas laisser l’espoir se dissoudre dans l’oubli. Le véritable pari de l’éducation ne se joue pas sur une scène décorée, mais dans la durée, dans les salles de classe, les bibliothèques… et les parcours de vie de celles que l’on a choisies d’honorer.