L’Assemblée nationale française a adopté, mardi 27 mai 2025, en première lecture, la proposition de loi sur le « droit à l’aide à mourir », une réforme majeure dans le paysage sociétal. Voté par 305 députés contre 199, ce texte, porté de longue date par le député MoDem Olivier Falorni, pourrait devenir, s’il est confirmé, l’une des plus importantes avancées sociales depuis le mariage pour tous. Il doit désormais entamer son parcours au Sénat à l’automne.
Le texte légifère un encadrement strict du recours à l’aide à mourir, autorisant un patient gravement malade à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer en cas d’incapacité physique. Cette légalisation du suicide assisté, dans certains cas exceptionnels, de l’euthanasie repose sur cinq critères cumulatifs, dont l’atteinte d’une affection grave et incurable en phase avancée ou terminale, assortie d’une souffrance physique ou psychologique constante.
Le président Emmanuel Macron, saluant une « étape importante », a rappelé que ce débat exigeait « dignité et humanité ». L’hémicycle s’est divisé entre un large soutien des députés de gauche et du centre, et une franche opposition de la droite et de l’extrême droite. La Première ministre, historiquement prudente sur le sujet, a déclaré faire confiance à la délibération parlementaire pour répondre aux interrogations éthiques.
Plusieurs amendements sont venus affiner la proposition. Le gouvernement a réaffirmé que l’autoadministration serait la règle et l’intervention d’un soignant une exception. Un délai de réflexion de deux jours minimum a été instauré, et une clause de conscience permet aux médecins et infirmiers de refuser de participer à la procédure. Le président de la commission des affaires sociales a également renforcé la collégialité de l’instruction des demandes.
Dans les rangs des opposants, des voix s’élèvent avec force. Le député Philippe Juvin (LR) a dénoncé un texte susceptible de concerner des malades « avec encore plusieurs années à vivre », craignant une pression sociale déguisée. Du côté médical, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) s’inquiète d’un changement de paradigme : « Ce n’est plus une mesure d’exception, mais une norme de fin de vie », alerte sa présidente Claire Fourcade.
Pour les défenseurs du texte, dont Jonathan Denis de l’ADMD, cette avancée législative représente l’espoir d’un apaisement des souffrances et la reconnaissance du droit à une fin de vie maîtrisée. « C’est un texte profondément équilibré », insiste Olivier Falorni, qui voit en cette réforme l’aboutissement de décennies de combat parlementaire.
Le chemin reste encore long : le texte devra être examiné par le Sénat, puis fera l’objet d’éventuelles relectures à l’Assemblée nationale. Mais le cap est donné : d’ici à 2027, Emmanuel Macron espère une adoption définitive. Pour la société française, le débat sur la fin de vie entre désormais dans sa phase la plus décisive, entre convictions intimes, responsabilité collective et exigence de respect des libertés fondamentales.