À la suite de la précédente publication, le Professeur Giscard Assoumou Ella, coordonnateur scientifique de l’étude, revient sur les principaux résultats des perceptions des Gabonais sur la situation du pays de 1996 à 2023. Dans le but de collecter les perceptions et aspirations des Gabonais, deux enquêtes avaient été menées : l’une en ligne et l’autre sur le terrain.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LA GOUVERNANCE
65 % des enquêtés affirment ne pas se sentir en sécurité dans leur quartier/village, contre 35 % qui déclarent le contraire. En particulier, 62,4 % des populations de la province de l’Estuaire et 50,4 % des populations de la province de l’Ogooué-Maritime déclarent ne pas se sentir en sécurité. Ils déclarent être victimes des principaux délits suivants : vols (44,4 %), braquages (28,6 %), agressions (15,0 %), crimes rituels (1,0 %) et viols (0,7 %). Pour ces délits, 82 % des enquêtés déclarent que les services de sécurité n’interviennent pas régulièrement, contre seulement 18 % qui déclarent le contraire. En outre, 75 % des populations interrogées affirment que la justice n’est pas bien rendue au Gabon, contre seulement 25 % qui affirment le contraire. De plus, 52 % des enquêtés affirment que la démocratie n’existe pas encore au Gabon, contre 48 % qui affirment le contraire, particulièrement dans les provinces de la Ngounié et de l’Estuaire où l’on enregistre les pourcentages respectifs de 53,8 % et 65,1 % des populations estimant que la démocratie n’est qu’un leurre au Gabon. En outre, 51 % des enquêtés pensent que la corruption est très élevée au Gabon et 42 % pensent qu’elle est élevée.
En ce qui concerne la perception des efforts de l’État en matière de gouvernance, 50 % des enquêtés pensent qu’ils sont insuffisants, 40 % pensent qu’ils sont très insuffisants, 9 % affirment qu’ils sont satisfaisants et 2 % déclarent qu’ils sont très satisfaisants.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
61 % des enquêtés affirment que les produits alimentaires consommés sont présents sur les différents marchés, contre 39 % qui affirment le contraire. Cependant, 45 % des enquêtés affirment que les coûts de ces produits alimentaires sont élevés, 43 % affirment qu’ils sont très élevés et seulement 12 % affirment qu’ils sont acceptables.
Malgré la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés, elles sont en majorité d’origine importée, conduisant à une exposition aux chocs alimentaires extérieurs. C’est pourquoi 27 % des enquêtés affirment que les efforts de l’État en matière d’alimentation sont très insuffisants, 61 % des enquêtés les trouvent insuffisants, 10 % les trouvent satisfaisants et 2 % les trouvent très satisfaisants.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LE LOGEMENT
90 % des Gabonais estiment que l’accès à un logement décent intégrant les commodités requises est difficile, voire très difficile au Gabon.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR L’ACCÈS À L’ÉLECTRICITÉ ET À L’EAU POTABLE
71 % des personnes enquêtées déclarent ne pas avoir un accès régulier à l’eau potable, notamment à cause des coupures. Les principales difficultés identifiées concernent l’absence d’un réseau d’adduction (37,1 %), l’absence d’installation d’eau dans les logements (25,4 %) et l’éloignement des points de distribution (19,3 %).
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LE SYSTÈME SANITAIRE
82 % des enquêtés confirment l’existence de structures de santé dans leurs localités de résidence. S’agissant des frais de santé dans les structures publiques, 39 % des enquêtés affirment qu’ils sont chers, 36 % disent qu’ils sont abordables, 20 % affirment qu’ils sont très chers et 4 % disent qu’ils sont très abordables. Pour ce qui est de la qualité des soins de santé dans les structures publiques, 46 % affirment qu’elle est mauvaise, 17 % affirment qu’elle est très mauvaise, 36 % affirment qu’elle est bonne et 1 % affirment qu’elle est très bonne. Concernant l’état des équipements dans les structures publiques de santé, 51 % répondent qu’il est « mauvais », 24 % répondent qu’il est « très mauvais », 24 % affirment qu’il est « bon » et 1 % répondent « très bon ». De plus, 57 % des enquêtés trouvent l’accès aux médicaments « difficile », 23 % le trouvent « très difficile », contre 19 % qui le trouvent « facile » et 1 % « très facile ».
S’agissant des efforts de l’État en matière de santé publique, 61 % affirment qu’ils sont insuffisants, 19 % affirment qu’ils sont très insuffisants, contre 18 % qui pensent qu’ils sont satisfaisants et 2 % qui les trouvent très satisfaisants.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LE SYSTÈME ÉDUCATIF
Concernant l’existence d’un établissement scolaire dans leur quartier/village, 94 % des enquêtés répondent qu’il en existe, contre 6 % qui répondent par la négative. Parmi les personnes ayant affirmé qu’il existe un établissement scolaire dans leur localité, 54 % affirment qu’il est dans un état dégradé, 12 % affirment qu’il est dans un état très dégradé, contre 34 % qui affirment qu’il est dans un bon état. S’agissant du coût de la scolarité, 56 % des enquêtés affirment qu’il n’est pas abordable, contre 44 % qui affirment le contraire.
Concernant les efforts de l’État en matière d’éducation, 55 % des enquêtés les trouvent « insuffisants », 21 % les trouvent « très insuffisants », contre 21 % qui les trouvent « satisfaisants » et 3 % « très satisfaisants ».
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LES INFRASTRUCTURES DE TRANSPORT
À la question de savoir si le système de transport dans la localité de résidence est satisfaisant, 74 % des enquêtés répondent par la négative et 26 % répondent par l’affirmative. En outre, 46 % des enquêtés affirment que les frais de transport sont « chers », 29 % des enquêtés répondent qu’ils sont « très chers », contre 23 % qui affirment qu’ils sont « abordables » et 2 % « très abordables ». Concernant l’état des infrastructures de transport, 56 % répondent qu’il est « mauvais », 24 % répondent qu’il est « très mauvais », contre 20 % qui répondent qu’il est « bon » et 1 % « très bon ».
Pour ce qui est des efforts de l’État en matière de transport, 58 % des enquêtés affirment qu’ils sont « insuffisants », 23 % répondent « très insuffisants », contre 20 % qui répondent « satisfaisants » et 2 % « très satisfaisants ».
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR L’EMPLOI
Les personnes interrogées pensent que la situation de l’emploi reste préoccupante au Gabon, face à des taux de chômage des jeunes et des femmes élevés, à l’inadéquation formation-emploi, à une économie encore axée sur des secteurs non-pourvoyeurs de suffisamment d’emplois, et aux problèmes de gouvernance persistants, notamment la corruption.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LE CLIMAT DES AFFAIRES
Pour les Gabonais interrogés, l’environnement des affaires reste marqué par certains problèmes qui freinent son développement : centralisation excessive, lourdeurs administratives, accès difficile au financement, insuffisance des infrastructures, corruption, manque de transparence, de formation adéquate et de compétences.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR L’ENVIRONNEMENT
Pour les personnes interrogées, le Gabon reste l’un des leaders mondiaux dans la préservation de l’environnement. Bien que le pays ait pris des mesures pour protéger ses forêts et son écosystème, les risques liés aux changements climatiques constituent une menace à long terme pour certaines communautés rurales et côtières. Ce risque pourrait également impacter l’agriculture et la sécurité alimentaire, exacerbant ainsi la pauvreté dans certaines régions. À ces problèmes s’ajoute le conflit homme-faune.
LA PERCEPTION DES GABONAIS SUR LEUR IDENTITÉ CULTURELLE
Pour les populations enquêtées, les cultures dominantes, souvent occidentales, tendent à éclipser les cultures locales ou traditionnelles. Par ailleurs, les flux migratoires posent la question de l’intégration des cultures migrantes et du maintien de leur propre identité culturelle. Les nouvelles technologies et l’accès généralisé à Internet ont renforcé l’accès à des cultures diverses, mais ont également provoqué une certaine érosion des pratiques culturelles locales au profit des médias globaux. Toutes ces dynamiques concourent à la disparition progressive des valeurs culturelles gabonaises.
Je suis très fière de ceux qui ont pris cette initiative d’enquête pour comprendre le réelles difficultés du Gabon. Et c’est un pas géant vers la reconstruction économique sociale et culturelle.
Tout en espérant que les autorités gabonaises prennent cette étude en considération dans leurs politiques et programmes de gouvernances afin de tenter d’émettre les moyens de solutions.
Par ailleurs, ces genres d’études devraient se faire même chaque 5-6ans à 2ans ou 1 an de la fin d’un mandat présidentiel, pour que chaque président puisse avoir une connaissance parfaite de l’évolution des perceptions des gabonais quant à la gouvernance de ses équipes et son mandat, au fin des bilans. Cela permettra aussi aux gabonais dans l’ensemble, non seulement par les perceptions données en pleine route lorsqu’un micro leur est présenté en répondant dans la positivité, de prendre les précautions aux séances présidentielles à venir, pour éviter de tomber dans les politiques pré-électorales.