Covid-19 au Gabon : l’étau se resserre sur la gestion des fonds publics

Trois ans après les premières dénonciations citoyennes sur l’opacité de la gestion des fonds alloués à la lutte contre la pandémie de Covid-19, le Gabon semble enfin entrouvrir la porte à une réponse institutionnelle. La Cour des comptes a annoncé l’ouverture d’une enquête formelle, faisant suite aux sollicitations répétées du Copil Citoyen. Cette décision, saluée par de nombreux acteurs de la société civile, marque une inflexion significative dans un contexte où la reddition des comptes devient un impératif démocratique.

Depuis 2022, le collectif mené par Geoffroy Foumboula Libeka Makosso n’a cessé de demander des comptes sur l’utilisation de plus de 503 milliards de francs CFA annoncés ou mobilisés pour la riposte sanitaire. Malgré plusieurs rapports, dont ceux du cabinet Deloitte, et de multiples requêtes adressées à diverses institutions, les autorités sont longtemps restées muettes. Mais aujourd’hui, des échéances judiciaires sont fixées, et les pièces à conviction, incluant des preuves de surfacturation, de dépenses sans justificatif et de prestations fictives, ont été versées aux dossiers.

Le 4 juin 2025, un rendez-vous déterminant est prévu avec le procureur de la République. Parallèlement, la Cour des comptes, la CNLEI et les services de renseignement du B2 ont été saisis. Le Copil Citoyen espère que cette mobilisation déclenchera une série de poursuites, à l’instar de ce qui s’est passé au Sénégal, où plusieurs responsables ont été incarcérés pour mauvaise gestion des fonds Covid. Pour Geoffroy Foumboula, ce précédent africain doit inspirer le Gabon et envoyer un message fort contre l’impunité.

Alors que la transition politique engagée en 2023 nourrit de fortes attentes en matière d’assainissement de la gouvernance, ce dossier s’impose comme un test crucial pour l’appareil judiciaire. La population, éprouvée par les conséquences de la crise sanitaire, attend non plus des explications, mais des actes. Elle exige que la justice aille au bout de ses procédures et que les responsabilités soient clairement établies.

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Si cette enquête aboutit, elle pourrait poser un jalon structurant dans la refondation de la vie publique gabonaise. La transparence, longtemps reléguée au second plan, pourrait enfin devenir le socle d’une gouvernance renouvelée. Mais à défaut d’actes concrets, la confiance des citoyens dans les institutions risquerait, une fois de plus, de s’éroder durablement.

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