À Washington, un piège tendu à Cyril Ramaphosa : quand la diplomatie vire à la mise en scène

Ce qui devait être une rencontre bilatérale de routine entre Cyril Ramaphosa et Donald Trump à la Maison Blanche s’est transformé en un épisode de tension diplomatique soigneusement orchestré. Derrière les apparences d’un dialogue formel, c’est un véritable guet-apens que le président sud-africain a subi, piégé dans le Bureau Ovale par une projection vidéo accusatrice. Sans avertissement, une séquence de quatre minutes l’accuse indirectement de complicité dans un supposé “génocide” contre les fermiers blancs, relançant une polémique aux accents de désinformation.

Dans cette vidéo diffusée devant la presse internationale, plusieurs extraits sont habilement manipulés pour nourrir le récit d’une Afrique du Sud raciste et violente : Julius Malema entonnant “Kill the Boer”, Jacob Zuma dans une scène similaire de 2012, et un champ de croix blanches présenté comme un cimetière de fermiers assassinés. En réalité, ces images sont sorties de leur contexte. Les données de la police sud-africaine sont formelles : les meurtres d’agriculteurs sont en déclin et ne représentent qu’une infime fraction des homicides dans le pays. Aucun élément sérieux ne corrobore la thèse d’un génocide.

Ce narratif, Donald Trump ne l’a pas inventé ce jour-là. Depuis 2018, il recycle avec constance la thèse du “massacre des Boers” pour flatter sa base électorale la plus radicale. Il l’alimente dans les sphères conspirationnistes, à travers la théorie du “grand remplacement” qui prétend que les Blancs seraient victimes d’un effacement planifié. En ciblant Ramaphosa, Trump ne visait pas seulement un dirigeant. Il réactivait une stratégie populiste, fondée sur la peur, le sensationnalisme et la manipulation médiatique.

Lire Aussi:  Une présidence francophone à la BAD : Sidi Ould Tah élu président

Mais Ramaphosa, s’il fut pris de court, ne s’est pas effondré. Il a encaissé le coup sans céder. Car au-delà de l’humiliation personnelle, c’est tout le continent africain qui était sommé de répondre à une accusation infondée. Et c’est là que réside l’essentiel : il est temps que l’Afrique se lève pour défendre son propre récit. Trop souvent, les luttes africaines sont travesties, les discours instrumentalisés. Ce moment à huis clos devient un signal d’alerte pour les dirigeants du continent.

Ce qui est arrivé à Ramaphosa pourrait se reproduire ailleurs. Ce n’est ni un incident diplomatique isolé ni une simple maladresse. C’est un précédent. Une Afrique silencieuse serait une Afrique vulnérable. Le continent doit tirer les leçons de cet affront : affirmer sa voix, renforcer sa souveraineté narrative, et refuser qu’on parle à sa place. Car après l’Afrique du Sud, qui sera la prochaine cible : le Gabon, le Congo, le Sénégal ? L’heure n’est plus à la passivité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *