La Cour Internationale de Justice (CIJ) a rendu son verdict le 19 mai sur le long différend territorial opposant le Gabon et la Guinée Équatoriale, attribuant la souveraineté des îles Mbanié, Cocotiers et Conga à Malabo, et confirmant des territoires terrestres autour de Mongomo et Ebebiyin à Libreville. Si la décision marque un point final à la procédure judiciaire, elle n’est que le prélude à un nouveau chapitre crucial, celui des négociations bilatérales. Un exercice délicat, mais essentiel pour l’avenir des relations entre les deux voisins.
L’arrêt de la CIJ, bien que contraignant, ne trace pas toutes les lignes. Il incombe désormais aux deux capitales de s’asseoir à la table pour mettre en œuvre concrètement la décision et bâtir une relation de bon voisinage apaisée, en s’appuyant sur des axes de négociation précis et mutuellement bénéfiques.
Les îles Mbanié : le défi d’une coopération pétrolière et maritime
La perte des îles Mbanié, Cocotiers et Conga pour le Gabon est un revers indéniable, d’autant plus que la zone est réputée pour son potentiel en hydrocarbures. Pour la Guinée Équatoriale, cette souveraineté acquise ouvre des perspectives économiques considérables. C’est sur ce point que les négociations devront être les plus innovantes. « Il est impensable que ces ressources ne soient pas exploitées dans un esprit de partenariat », a déclaré un expert en droit international.
Plusieurs options s’offrent aux deux États : la mise en place d’une Zone de Développement Conjointe (ZDC) pour le partage des revenus pétroliers et gaziers, ou des accords de partage de production qui garantiraient au Gabon une part des redevances, même si la souveraineté est équato-guinéenne.
Ce modèle de partage des ressources transfrontalières a déjà fait ses preuves dans d’autres régions du monde et pourrait transformer un point de discorde en un vecteur de prospérité partagée.
Parallèlement, la question de la délimitation maritime est primordiale. La CIJ n’a pas tracé cette ligne cruciale. La présence des îles nouvellement sous souveraineté équato-guinéenne influencera inévitablement le tracé des Zones Économiques Exclusives (ZEE). Des discussions techniques seront nécessaires pour définir une ligne médiane équitable, garantissant la sécurité de la navigation et la protection des ressources halieutiques. Le retrait des forces gabonaises de Mbanié, occupé de longue date, sera également un point de négociation pour un transfert de compétences en douceur et sans heurts.
Mongomo et Ebebiyin : la concrétisation d’une frontière terrestre claire
Moins médiatisé, l’arrêt de la CIJ a également attribué au Gabon des portions de territoires terrestres autour de Mongomo et Ebebiyin. Pour Libreville, cette reconnaissance est importante. Les négociations porteront ici sur des aspects plus pratiques mais tout aussi essentiels, à savoir, la démarcation physique de la frontière. L’installation de bornes claires et visibles sur le terrain permettra de matérialiser la ligne et d’éviter de futurs litiges.
Un enjeu humain important sera la gestion des populations affectées par ce changement de souveraineté. Des accords devront garantir leurs droits, leur citoyenneté et la transition des services administratifs. Enfin, ces zones frontalières, une fois stabilisées, peuvent devenir des pôles de coopération transfrontalière, favorisant les échanges commerciaux, la sécurité et le développement local entre les communautés gabonaises et équato-guinéennes.
Au-delà des aspects techniques et économiques, l’issue de ce différend historique est une opportunité de normaliser et de renforcer les relations bilatérales entre le Gabon et la Guinée Équatoriale. Les négociations pourraient s’étendre à des accords de bon voisinage plus larges, couvrant des domaines