Vice-Présidence du Gouvernement : une fonction innovante pour une administration traditionnelle ?

Depuis l’adoption de la loi référendaire n°002-R/2024, promulguée le 19 décembre 2024, le Gabon s’est engagé dans une nouvelle ère constitutionnelle. L’une des innovations majeures de cette réforme est le rétablissement du poste de Vice-président du gouvernement, une fonction redéfinie avec des attributions claires inscrites dans l’article 69 de la nouvelle Constitution.

Alexandre Barro Chambrier, économiste de formation et plusieurs fois ministre, a été désigné pour occuper ce poste inédit. Mais quel est réellement son rôle dans la nouvelle architecture institutionnelle du Gabon ? L’article 69 précise que le Président de la République demeure chef du gouvernement, mais qu’il est désormais assisté d’un Vice-président chargé de la coordination de l’action gouvernementale. Ce dernier supervise l’application des politiques sans disposer de pouvoir hiérarchique sur les ministres.

La Constitution confère au Vice-président du gouvernement un rôle stratégique, mais limité. Il ne peut ni nommer ni révoquer les membres du gouvernement, prérogatives réservées au Président de la République. Il s’agit donc d’un poste de coordination, visant à garantir la cohérence de l’action gouvernementale tout en allégeant la charge présidentielle.

Ce modèle de gouvernance, sans précédent dans l’histoire institutionnelle du Gabon, représente une page blanche à écrire. Alexandre Barro Chambrier devra faire preuve de diplomatie et d’innovation pour harmoniser les actions des différents ministères sans empiéter sur les prérogatives présidentielles.

Dans un régime présidentiel renforcé, cette réorganisation pourrait accroître l’efficacité de l’exécutif. Elle permettrait notamment de mieux gérer les dossiers transversaux et d’assurer une continuité dans la mise en œuvre des politiques publiques. Toutefois, son succès dépendra largement de la capacité du Vice-président à s’imposer comme un chef d’orchestre discret, mais efficace.

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Cette refonte institutionnelle traduit également une volonté de modernisation de la gouvernance gabonaise, avec une architecture plus lisible et mieux équilibrée. En s’appuyant sur la complémentarité entre le Président et son Vice-président, le pays espère renforcer la responsabilité, la transparence et l’adaptabilité de son administration.

Si ce pari audacieux se révèle payant, il pourrait ouvrir la voie à une nouvelle culture politique, où l’efficacité prime sur les luttes d’influence. Mais en cas d’échec, il risquerait de devenir un simple rouage bureaucratique sans réelle valeur ajoutée. Le Gabon se trouve à la croisée des chemins.

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