La démocratie malienne vacille, et ce samedi, c’est la rue qui l’a crié. Mais à Bamako, les cris n’ont trouvé en réponse que la répression. Une manifestation pacifique, portée par des partis politiques et des organisations de la société civile réunis au sein de l’Initiative des partis politiques pour la charte (IPAC), a été brutalement dispersée par les forces de l’ordre. À coups de gaz lacrymogènes. À coups de silence imposé.
Devant le Palais de la Culture, épicentre symbolique du rassemblement, les premiers manifestants sont arrivés avec des pancartes, des slogans, des espoirs. Mais rapidement, les escadrons de sécurité ont pris position. Pas de tentative de médiation, ni de dialogue. La réponse fut immédiate, aveugle : des nuages de lacrymogènes, des bousculades, la dislocation.
Leur message était pourtant limpide : dire non à la menace de dissolution des partis politiques et à l’abrogation de leur charte. Deux mesures envisagées dans les recommandations issues des récentes « consultations des Forces vives de la nation », largement contestées. Car derrière ces propositions, se dessine une reconfiguration brutale du paysage politique malien, où le pluralisme serait réduit au silence et les contre-pouvoirs effacés.
Parmi les mesures les plus controversées : la proposition d’investir le colonel Assimi Goïta comme Président pour cinq ans, de supprimer le statut de chef de file de l’opposition, de fixer à 100 millions de FCFA le coût de création d’un parti politique, et d’interdire aux chefs de village et leaders religieux de toute implication politique. Autant de décisions perçues par nombre d’observateurs comme une dérive autoritaire sous couvert de refondation nationale.
Les partis membres de l’IPAC ont d’ailleurs décidé de boycotter les consultations, dénonçant un simulacre de démocratie. Sur le terrain, ce sont les citoyens eux-mêmes qui tentent de reprendre la parole. Mais celle-ci a été muselée samedi.
Autrefois laboratoire d’expériences démocratiques en Afrique de l’Ouest, le Mali semble glisser vers une concentration inédite du pouvoir entre les mains d’une junte de plus en plus sourde aux appels du peuple. À Bamako, cette manifestation réprimée n’est pas un simple incident : elle est le symptôme d’un mal plus profond.
Quand la voix des urnes est remplacée par celle des armes, quand les partis sont menacés de dissolution et les manifestants de prison, que reste-t-il de la démocratie ? Un mot. Un souvenir. Ou un combat à continuer.