La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) est confrontée à une pression sans précédent sur ses guichets de refinancement. Lors de sa dernière opération menée le 15 juillet 2025, la demande de liquidités exprimée par les banques commerciales des six pays membres de la CEMAC a atteint 639,1 milliards FCFA, un sommet historique. Pourtant, l’offre de l’institut d’émission plafonnait à 430 milliards FCFA, créant un écart qui alimente aujourd’hui de nombreuses inquiétudes dans les cercles économiques et financiers de la sous-région.
Ce déséquilibre survient dans un contexte de reprise économique fragile, malgré une politique monétaire déjà assouplie. Depuis mars 2025, la BEAC a abaissé ses taux directeurs, rendant le crédit plus accessible. Par ailleurs, les plafonds de refinancement ont été élargis, passant de 200 à 430 milliards FCFA. Mais ces mesures, bien qu’ambitieuses, ne semblent pas suffire à répondre à l’intensification des besoins en trésorerie des établissements bancaires, qui se retrouvent sous tension, révélant les fragilités d’un marché interbancaire encore peu dynamique.
Plusieurs éléments expliquent cette pression croissante. L’accélération du crédit liée à la relance post-crise, combinée aux besoins importants des États pour financer leurs plans budgétaires, alimente une forte demande en liquidités. Dans le même temps, la baisse des taux rend le recours au guichet de la BEAC plus attractif, incitant les banques à se tourner massivement vers cette ressource. S’ajoute à cela l’incapacité persistante du marché monétaire régional à jouer pleinement son rôle de relais des besoins de financement entre banques.
Dans ce contexte, la BEAC se trouve à la croisée des chemins. L’enjeu est d’autant plus délicat qu’elle doit concilier trois missions essentielles : soutenir la croissance économique en assurant un accès suffisant aux liquidités, contenir les risques d’inflation liés à une création monétaire excessive, et garantir la stabilité financière de la zone CEMAC. Le défi est donc autant technique que politique, dans une sous-région encore marquée par de profondes asymétries économiques entre États membres.
Les perspectives à court terme laissent présager des ajustements. Une révision des mécanismes de refinancement paraît inévitable, tout comme un renforcement des dispositifs de surveillance prudentielle. Plus largement, une réflexion stratégique devra s’ouvrir sur l’articulation entre politique monétaire et besoins réels des économies de la zone. Comme le souligne un économiste basé à Yaoundé, « la reprise économique est bien là, mais elle avance avec des béquilles : il faudra donc de la lucidité et de la coordination pour ne pas compromettre cette dynamique naissante ». Dans cette équation, la prochaine réunion du Comité de politique monétaire de la BEAC sera scrutée de près.