Avec près de 950 kilomètres de côtes, une biodiversité parmi les plus riches au monde et un climat politique stable, le Gabon a tout pour briller sur la carte du tourisme africain. Pourtant, le pays n’attire qu’environ 350 000 visiteurs étrangers par an. Un chiffre modeste, voire déroutant, au regard de son potentiel naturel exceptionnel.
En 2025, le constat reste le même : malgré ses atouts incontestables, plages sauvages, treize parcs nationaux couvrant plus de 11 % du territoire, forêts primaires, faune emblématique composée de gorilles et d’éléphants, sans oublier une culture dense et méconnue, le Gabon continue de séduire timidement les voyageurs. Et plus préoccupant encore : les Gabonais eux-mêmes explorent peu leur propre pays.
Le tourisme intérieur demeure embryonnaire. Il est freiné par le coût élevé des transports, le manque d’infrastructures et une faible culture du voyage local. « Beaucoup de Gabonais n’ont jamais mis les pieds au parc de Loango, à la Pointe-Denis ou sur les plages de Mayumba. Voyager chez soi est souvent perçu comme un luxe », déplore un opérateur touristique de Libreville.
Ce retard n’est pas le fruit du hasard. Pendant des décennies, l’économie gabonaise s’est presque exclusivement appuyée sur l’exploitation pétrolière, marginalisant des secteurs comme le tourisme. Résultat : les investissements se sont concentrés sur les zones industrielles, au détriment d’une véritable diversification économique.
Mais l’enjeu dépasse les seuls indicateurs économiques. Promouvoir le tourisme intérieur, c’est aussi permettre aux Gabonais de se réapproprier leur territoire, de renouer avec ses richesses et de renforcer un sentiment d’appartenance. Car peut-être faut-il d’abord apprendre à aimer son propre pays pour espérer le faire aimer au reste du monde.