À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Gabon, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré un discours solennel empreint de gravité et d’espérance. Plaçant son propos sous le signe du patriotisme et de l’appropriation nationale, le chef de l’État a exhorté les Gabonais à se réapproprier leur destin collectif et à refuser toute forme d’aliénation. Dans une époque marquée par les turbulences économiques et sociales, ce discours se voulait autant une célébration qu’une invitation au sursaut.
Le président a insisté sur le fait que l’indépendance politique acquise en 1960 ne saurait avoir de sens si elle n’était pas consolidée par une indépendance économique, culturelle et morale. « La Nation, a-t-il rappelé, ne se construit pas par procuration, mais par l’engagement quotidien de chacun. » Cet appel à la responsabilité citoyenne résonne fortement dans un contexte où de nombreux jeunes se sentent délaissés, confrontés au chômage massif et à la précarité, tandis que les fractures sociales s’accentuent.
Au-delà du rappel historique, Oligui Nguema a cherché à ancrer son propos dans les réalités contemporaines. Face aux défis de la mondialisation et aux pressions extérieures, il a plaidé pour un sursaut patriotique afin que le Gabon ne demeure pas prisonnier d’une dépendance structurelle. Cette injonction à « s’approprier la Nation » se veut une réponse à l’érosion du sentiment national, affaibli par la corruption, les injustices sociales et la défiance envers les institutions.
Toutefois, ce message de rassemblement ne peut occulter les urgences du quotidien. Alors que Libreville et d’autres grandes villes connaissent encore des pénuries d’eau, des délestages électriques chroniques et des hôpitaux publics délabrés, l’appel au patriotisme gagnerait en crédibilité s’il s’accompagnait de réformes sociales concrètes. Le patriotisme, en effet, ne se nourrit pas que de symboles, mais aussi de la dignité retrouvée dans la vie de tous les jours.
Dans ce sens, l’appropriation nationale doit s’incarner dans un projet collectif, capable de redonner confiance à une jeunesse qui aspire à plus qu’un discours : un avenir tangible. Les participations record aux concours administratifs traduisent moins un engouement institutionnel qu’une soif de stabilité et d’intégration professionnelle. Pour que l’appel présidentiel trouve un écho durable, il devra se traduire par des politiques publiques inclusives et transparentes.
Dans son discours, d’Oligui Nguema marque un jalon important : il souligne la nécessité de retrouver un patriotisme actif, ciment d’une citoyenneté engagée et d’une République plus solide. Mais l’histoire retiendra moins les paroles que les actes. Si l’appel à l’appropriation nationale devient le moteur d’une transformation concrète, alors ce 65ᵉ anniversaire pourrait être le point de départ d’une véritable refondation du Gabon.